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XVIII

PREFACE

vie ». Nous savons maintenant que notre jeune Amérique, puisqu'elle a produit cet homme symbolique, peut encore en produire d'autres.

José Enrique Rodó s'est éteint à Palerme, victime d'une typhoïde abdominale, le z®"" inai içij, le jour des ouvriers pour qui il projeta jadis une savante Législation du Travail en Urugua5^ Ses derniers mots ont été : « Dolore ! Grazie ! »

Avant de finir cette préface écrite en son honneur, faisons une libation — comme jadis Va fait Leucippe élève de Gorgias — pour celui qui, du prochain soleil que Rodó ne verra pas nous donnera la vérité et la lumière, nous éclairera le chemin; pour celui qui effacera en nous les doutes que notre compatriote laisse dans l'ombre; pour celui qui mettra ses pieds sur sa dernière trace, et son front dans un lieu de l'espace plus clair et plus vaste qu'il ne fit... « Si nous démontrer V erreur que tu as mêlée à la vérité, si faire sonner la fausseté d'une de tes paroles, si voir là Olí tu n'as pas vu, si tout cela signifie te vaincre, alors, Maître, nous rendons hommage à celui qui te vaincra. »

Q^ue l'exemple de Rodó serve de leçon à V Amérique latine pour des années et des années^

Hugo D Barbagei.ata Paris, 12 octobre IQ17,

I. Nous tenons à dire que nous avons suivi 1 ordre chronologique dans le choix des morceaux de cette traduction, pour que le lecteur français se rende bien compte de l'évolution qui va chez Rodó des oeuvres d'extrême jeunesse comme Celui qui viendra à des œuvres de parfaite maturité comme les Paraboles.

LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE

Rodo. — i

CELUI QUI VIENDRA'

Une immense attente remplit les âmes.

Rexan.

L'éveil du siècle fut dans l'histoire des idées une aurore, et sa fin dans le temps est, aussi, une chute dans la réalité.

Mieux qu'Hugo, ceux qui, à des autels à demi détruits, célèbrent les fêtes de la poésie pourraient donner le nom de Chants du crépuscule à ceux où s'exprime la mystérieuse inquiétude de notre esprit, quand tout, à nos côtés, pâlit et s'efface ; et mieux que Vigny les porte-paroles de la pensée contemporaine pourraient pleurer, dans notre atmosphère presque privée de chaleur et de lumière, le chagrin de cette « solitude de l'àme » que lamentait, en des jours qui nous semblent aujourd'hui triomphaux, son poète désolé et stoïque.

La vie littéraire, en tant que culte et célébraticy^ d'un même idéal, en tant que force de relation et d'amour entre les intelligences, nous semble parfois tout près de s'éteindre. De la dernière et grande protestation ne persiste, dans l'atmosphère intellectuelle que nous respirons, que la vague vibration évanouie où se prolonge le coup métallique du bronze. Sur le chemin qui conduit à Médan croît l'herbe qui atteste la rareté des

1. Nous avons tenu à publier dans cet ouvrage cette page de jeunesse (l'auteur n'avait que vingt-quatre ans) de Rodó, malgré qu'elle n'ait point la sûreté et la netteté des œuvres subséquentes. î>lais le lecteur n'en apprécieia que mieux, par comparaison, les progrès réalisés par la pensée du maître.

LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE

pas. La Némésis compensatrice et inflexible qui rétablit fatalement, dans les choses de l'Art, l'équilibre violé par l'erreur, l'intolérance ou la passion s'est rendue à l'école qu'il a instaurée, il y a six lustres, pour fermer avec les portes d'ébène de la réalité l'ère dorée des songes, et a découvert à nos yeux ses faiblesses et nous a révélé son incapacité en face des nécessités actuelles de l'esprit qui vient et découvre des régions nouvelles et ignorées.

Elfe voulut écarter de l'atmosphère des âmes la tentation du mystère, la rejetant en dehors de l'espace qu'accordait à ses regards la ligne ferme et sûre de l'horizon positif; et le mystère, indomptable, s'est levé, plus impérieux que jamais, dans notre ciel, pour y écrire, devant notre conscience oppressée sa torturante et terrible interrogation. Elle voulut offrir en holocauste, sur les autels d'une objectivité incorruptible, toutes les choses intimes, toutes ces éternelles voix intérieures qui ont constitué pour le moins une moitié, la plus belle, de l'art humain ; et l'âme des générations nouvelles, se débattant dans la suprême nécessité de l'aveu, a retrouvé son enchantement dans la contemplation de ses intimités, a reparlé de soi, a restauré la ro5'auté du moi proscrit par ceux qui n'avaient voulu y voir « que ce qui est en dehors de notre vue » ; triste recluse qui se rattrape, au jour du congé, du mutisme prolongé de sa solitude. Elle voulut couper les ailes au rêve et des épaules des hommes ensanglantées par le coup de couteau cruel et froid, les ailes renaquirent.

Là, sur une cime qui, dans la chaîne de la Pensée, domine toutes les cimes, s'élève, comme hier, la personnalité de l'initiateur qui effraya, de l'écho lointain et formidable de ses luttes, notre enfance, du maître taciturne et athlétique. Il est encore notre suprême admiration ; mais en levant la tête vers lui, au milieu de nos angoisses et de nos inquiétudes, nous avons vu les tables de la loi brisées entre ses mains et isola;nt alors au milieu

CELUI QUI VIENDRA

de toutes les choses caduques de son credo une lumière de vérité qui s'est incorporée définitivement à notre esprit, nous avons aussi dans le champ où il sema sa parole, définitivement séparée la doctrine de l'œuvre, la formule du génie.

Sur les ruines du précepte exclusif de la limitation scholastique, du canon — couleurs fragiles que ne respecte jamais la patine du temps sur les constructions de Tesprit — demeure debout et pour toujours l'œuvre immense : nous la voyons comme une montagne sur laquelle s'est éteinte la lumière qui était clarté pour les intelligences et orientation pour les âmes, mais dont la grandeur aride et sombre demeure et domine, pleine d'un mystérieux attrait, sur le fond gris de l'horizon. Et comme un symbole durable, sur la majesté de l'œuvre immense s'étend, montrant l'avenir, le bras de l'enfant qui doit unir en son âme les âmes de Pascal et de Clotilde ; personnifiant peutêtre, pour les interprètes à venir, l'Euphorion dun art nouveau, d'un art généreux et grand, qui ne se sente pas tenté, comme elle, de jeter au feu les papiers du savant, ni comme lui ne demeure insensible et muet devant les nostalgies de la douce élève contemplant le ciel étoile, sur le sol desséché de l'époque.

Tandis que dans le domaine de la Prose, et couronnant le portique austère et grave d'où les hommes de la génération qui produisit Taine et Renan montrèrent la route nouvelle du savoir, s'étalait un cartouche qui avait pour inscription : Culte de la Vérité, mère de toute beauté et de toute vie — règne de l'analyse seule — remplacement du lyrisme par l'impersonnalité et de l'invention par l'expérience; — les jouteurs du Rythme, qui revenaient alors de la grande fête romantique, rassemblaient leurs coursiers sous un drapeau dont les devises disaient : haine de la vulgarité, amour des belles apparences, adoration du marbre froid et impeccable qui mêle le dédain à la caresse.

Il y eut une école qui crut avoir trouvé la formule de paix, en proscrivant de ses salles, où elle avait entassé le tribut de

LE CniTIQUK ET L'ESSAVESTE.

lumière et de couleur frappé par elle souverainement sur les choses, toutes les pensées d'angoisse, tous les doutes cruels, toutes les idées inquiétantes, et en cherchant la non cuf^an^a de ridéal dans les bras de la Forme. Elle mit sur sa poitrine les fleurs qui symbolisent la royauté de la couleur sans parfum ; elle remplit sa coupe du népenthès qui donne le bienfaisant oubli. Suivant le conseil de Gautier, elle ferma sa pensée et son cœur, où régnait la paix silencieuse des sanctuaires, au fracas de louragan qui faisait trembler ses vitres ; et elle resta impassible tandis que les flammes de la passion, autour de sa table de travail, dévoraient les âmes des multitudes ; d'autant plus amante du passé, et évocatrice de ses ombres qu'était intéressante la réalité du fait vivant ; dédaigneuse et sereine quand la tempête du renouvellement et de la lutte précipitait plus fréquentes et impétueuses ses rafales à la face d'un siècle batailleur. 3l^is cette école, oubliant qu'il était impossible d'arracher de l'âme des hommes, comme le rêva le monarque imbécile, (.< la manie fatale de penser ». fut condamnée par les dieux de l'Art qui ne consentent pas plus au triomphe du vide que les dieux de la Nature ne permettent le martyre de Midas. Elle voulut rassasier sa faim, et trouva que les mets (le ses plats étaient en or ; elle voulut apaiser sa soif et trouva que les eaux de sa source étaient d'argent. Alors, la triste école laissa retomber la tête sur sa poitrine, pour mourir, gardant même dans l'attitude de la mort la correction suprême de la ligne, parce qu'elle comprit que le cœur humain n'aurait point voulu troquer Cbntre ses trésors inutiles la miche de pain du sentiment et de l'idée. Aujourd'hui son héritage est comme une ville merveilleuse et splendide, toute de marbre et de bronze, de style raffiné, pleine d'opulences enchanteresses mais où n'habitent plus que des ombres glacées et où l'on n'entend jamais, ni sous forme de clameur, ni sous forme de prière, ni sous forme de plainte, la palpitation et le cri de la vie.

CELUI qui VIENDRA.

De la divinité qui planait sur le palais de Médan, a donc passé, sinon la gloire, du moins l'empire ; et ceux qui aujourd'hui conservent les rognures de son enseignement noir et pourpre, y mêlent parfois des tissus de couleurs différentes. Des boutiques d'orfèvres qu'ouvrit le v Parnasse » offrant dans l'âme d'une génération de poètes un séjour meilleur et plus somptueux que la vieille Tour de Nesle à Benvenuto Cellini ; de ces boutiques qui illuminèrent les airs par la rencontre de leur or et de la lumière, il ne reste qu'un atelier, celui où l'artiste des « trophées » cisèle un calice précieux qu'aucune autre main, aux autels de l'art, n'a pu élever depuis.

Des voix nouvelles s'élevèrent. Des générations qui s'avançaient, pâles et inquiètes, élurent leurs maîtres. Comme aux temps où s'approchait l'heure du Prophète divin, apparut dans le monde de l'art une multitude de prophètes.

Les uns prêchèrent, contre le culte de la nature extérieure, le culte de l'intimité humaine ; contre l'oubli de soi dans la contemplation sereine des choses, la « culture du moi ». Les autres se prosternèrent devant le symbole et demandèrent à un langage d'images l'expression de ces mystères de la vie spirituelle pour lesquels les mailles du vocabulaire leur paraissaient faibles ou grossières. Ceux-ci, ivres d'une colère insensée contre la réalité qui ne pouvait donner par elle-même une consolation à la vie, et contre la science qui ne pouvait être toute-puissante, élevèrent un temple à l'Artifice et un autre à l'Illusion et à la Crédulité. Ceux-là se nommèrent les démoniaques, les réprouvés ; ils reprirent en chœur les litanies de Satan; ils savourèrent en chantant les voluptés du Péché à découvert et hautain ; ils glorifièrent dans l'histoire la force éternelle de la rébellion et convertirent le blasphème en prière et le stigmate infamant en auréole pour leurs saints. Ceux-là reprirent l'attitude du fils prodigue, aux portes du vieux foyer abandonné de l'esprit, y revenant soit par les sentiers nouveaux que trace l'ombre de 1^

LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE

Croix, grandissant mystérieusement parmi les dernières rougeurs du couchant de ce siècle, soit par les routes sombres qui mènent à TOrient, et ils cherchèrent, par la répétition de toutes les paroles d'espérance et par la répétition de toutes les réponses données au Doute par les siècles, le bienfait perdu de la Foi.

Mais aucun d'eux ne trouva la paix, ni la conviction définitive, ni le repos, ni devant son regard le ciel plein d'encouragement et de sérénité, ni à ses pieds le sol stable et sûr. Artisans d'une Babel idéale, la confusion des langues se fit entre eux, et ils se dispersèrent.

Le même mouvement qui, en d'autres temps, tendait entre le chant du poète et l'àme de ses disciples et celle de la multitude la chaîne magnétique de Platon, ramène aujourd'hui ceux qui chantent à la solitude de leur conscience. « Pour réaliser notre œuvre, dit l'un d'eux, nous devons nous maintenir isolés. » Le mouvement des idées tend toujours davantage à l'individualisme dans la production et même dans la doctrine, à la dispersion des volontés et des forces, à la variété inharmonieuse, qui est le signe caractéristique des époques de transition. On ne professe plus le culte dune loi unique ni l'ambition d'un labeur collectif, mais la croyance au tempérament individuel et la théorie du génie personnel. On ne rêve plus d'édifier le majestueux palais où une génération d'hommes eût instauré sa pensée, mais la tente où dormir le rêve d'une nuit, cependant qu'apparaissent les ouvriers qui doivent dresser le temple dont les murs verront arriver l'avenir, le front doré de la lueur du matin. Les voix qui sollicitent se perdent dans l'indifférence. Les efforts de classification demeurent vains et illusoires. Les aimants des écoles ont perdu leur force d'attraction et ne sont plus que du fer vulgaire, que l'on travaille au laboratoire de la critique. Les cénacles, comme des légions sans armes, se dissolvent; les maîtres, comme les dieux, s'en vont.

Cependant, dans notre cœur et dans notre pensée, il y a bien

CELUI QUI VIENDRA

des anxiétés à qui personne n'a donné forme, bien des frémissements dont la vibration n'est encore montée à aucune lèvre, bien des douleurs pour qui Ton n'a point découvert de baume, bien des inquiétudes à qui l'on n'a point encore trouvé de nom. Toutes les tortures que l'on a essayées sur le verbe, tous les raffinements désespérés de l'esprit n'ont point suffi pour apaiser l'infinie soif d'expansion de l'âme humaine. Et dans la libation aussi de l'extravagant et du rare elle en est arrivé à la lie et ses lèvres aujourd'hui se referment dans l'attente de quelque chose de plus grand, de plus humain, de plus pur. Mais nous espérons en vain. En vain nos coupes vides se tendent pour recevoir le vin nouveau : sur notre terre les rameaux des vignes tombent, flétris et stériles, et le sol du pressoir est sec et jonché de débris.

Seule l'espérance messianique, la foi en celui qui doit venir — fleur qui a pour calice l'âme de tous les temps où redoublent la douleur et le doute — fait vibrer mystérieusement notre esprit. Et ainsi que, dans les veilles désespérées de la découverte, les parfums et les bruits arrivaient jusqu'aux matelots sans courage et sans foi, balancés sur la solitude infinie de l'Océan, l'atmosphère spirituelle que nous respirons est pleine de présages, et la pénombre au milieu de laquelle s'annonce à nous l'avenir est remplie de promesses.

Révélateur ! Prophète que redoutent ceux qui sont empêtrés dans les formules caduques et qu'espèrent les âmes nostalgiques ! quand donc nous parviendra l'écho de ta voix dominant le murmure de ceux qui s'efforcent de tromper la solitude de leur anxiété dans le monologue de leur cœurs douloureux ?

Sur quel oreiller repose ton front, qu'illuminera demain l'étincellement vivifiant et lumineux? et dans quelle tête d'adolescent bat de l'aile la pensée qui doit élever son vol jusqu'à la solitude de la cime? Ou bien quelle est, entre toutes celles qui éclairent notre horizon d'étoiles tremblantes et pâles, l'idée qui

LE CRITIQUE ET L'ESSAYTSTE

doit se transfigurer en un credo qui réchauife et illumine, comme l'astre du jour? De quel cerveau parmi tous ceux des auteurs d'oeuvres honorables sortira l'œuvre géniale?

De toutes les routes nous avons vu arriver des pèlerins, nous assurant qu'ils n'ont trouvé devant leur marche que le désert et l'ombre Quel sera donc le chemin de ton vaisseau? Où est la route nouvelle? De quoi nous parleras-tu, révélateur, pour que nous trouvions dans ta parole la vibration qui allume la foi, la vertu qui triomphe de l'indifférence, et la chaleur qui dissipe le dégoût ?

Quand sous l'impression des idées ou des choses actuelles mon âme incline à l'exécration ou à la tristesse, tu te présentes à mes yeux comme un vengeur irrité et sublime. L'épée de l'archange resplendit dans ta droite. C'est de ton esprit que descendra le feu purificateur. Tu auras le symbole de ton âme dans le nuage qui, en un même instant, pleure et éclate. L'ïambe qui fustige et l'élégie trempée de larmes trouveront dans ta pensée le sombre lit de leur union.

D'autres fois, je t'imagine comme un apôtre doux et affable. Dans tes accents évangéliques résonnera le timbre d'amour, le timbre d'espoir. Sur ton front brilleront les nuances de l'arc-enciel. Guidés par l'étoile de Bethléem de la parole, nous assisterons à l'aurore nouvelle, à la renaissance de l'Idéal, de l'Idéal perdu que nous cherchons en vain. vo3''agfcurs sans boussole, dans les profondeurs de la nuit glaciale où nous allons, et qui reparaîtra, grâce à toi, pour appeler les âmes, aujourd'hui transies et dispersées, à la vie de l'amour, de la paix, de la concorde. Et les vagues de nos tempêtes s'apaiseront sous tes pieds comme si une huile divine s'épandait sur leur écume. Et ta parole retentira dans notre esprit comme le tintement de la cloche de Pâques à l'oreille du docteur incliné sur sa coupe de poison.

Je ne me fais de toi qu'une image vague et mystérieuse, comme celle où l'âme, entêtée à déchirer le voile étoile du mys-

CELUI QUI VIESDRA.

tère. peut se représenter, dans ses extases, la splendeur du divin. Mais je sais que tu viendras, et de la même manière que le sublime « maudisseur » des Blasphèmes anathématise et injurie l'annonciateur de la foi future, avant même qu'il ait paru sur la terre, je t"aime et te bénis, prophète après qui nous soupirons, avant que le baume réparateur de ta parole soit descendu sur notre cœur.

Le vide de nos âmes ne peut être rempli que par un grand amour, par un grand enthousiasme, et cet enthousiasme et cet amour ne peuvent être inspirés que par la vertu d'une parole nouvelle. Les ombres du Doute continuent à alourdir notre esprit. Mais le Doute n'est, en nous, ni un abandon ni une volupté de la pensée comme celles du sceptique qui trouve en elles une curieuse délectation et un « mol oreiller » ; ni une attitude austère, froide, infaillible, comme chez les expérimentateurs ; pas même un élan de désespoir et d'orgueil, comme chez les grands rebelles du Romantisme. Le Doute est en nous un anxieux espoir, une nostalgie mélangée de remords, de désirs, de craintes, une vague inquiétude où entre pour une grande part l'avidité de créer qui est comme une croj'ance.

Nous attendons; nous ne savons pas qui. Nous appelons; nous ne savons de quelle demeure perdue et obscure. Aussi avons-nous dressé dans nos cœurs un temple au dieu inconnu.

Au milieu de leur solitude, nos âmes se sentent dociles, et disposées à être guidées : et quand nous laissoqis passer sans cortège le maître qui nous a adressé son exhortation sans qu'elle suscitât un frisson obéissant dans notre esprit, c'est pour aussitôt nous demander en vain, comme Bourget : « Qui prononcera la parole d'avenir et de fécond labeur nécessaire à cette jeunesse pour qu'elle se mette à l'œuvre, enfin guérie de cette incertitude dont elle est la victime? Qui nous rendra la divine vertu de la joie dans l'effort et de l'espérance dans la lutte ».

Mais seul le triste écho répond à notre voix. Notre attitude

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