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sur la libre et sage expansion de toutes les énergies capables de contribuer à la gloire et au pouvoir des hommes. Athènes sut accroître à la fois le sens de l'idéal et celui du réel, la raison et rinstinct, les forces de l'esprit et celle du corps. Elle cisela les quatre faces de l'àme. Chaque Athénien libre trace autour de soi, pour y contenir son action, un cercle parfait, dans lequel aucun élan désordonné ne brisera la gracieuse proportion de la ligne. Il est athlète et sculpture vivante au gymnase, citoyen au Pnyx, polémiste et penseur sous les portiques. Il exerce sa volonté par toutes sortes d'actions viriles et sa pensée par mainte féconde préoccupation. C'est pourquoi Macaulay affirme qu'un jour de la vie publique de l'Attique est un plus brillant programme d'enseignement que ceux que nous combinons aujourd'hui pour nos centres modernes d'instruction. Et de cette floraison libre et unique de la plénitude de notre nature est sorti le miracle grec, un mélange inimitable et charmant de vivacité çt de sérénité, un printemps de l'esprit humain, un sourire de l'histoire. ^

De notre temps, la croissante complexité de notre civilisation ôterait tout caractère sérieux au projet de restaurer cette harmonie, qui n'est possible qu'avec les éléments d'une gracieuse simplicité. Mais au sein même de cette complexité de notre culture, au milieu même de cette différenciation progressive de caractères, d'aptitudes, de mérites qui est la conséquence inéluctable du progrès dans le développement social, on pourrait sauver une raisonnable participation de tous à certaines idées et sentiments fondamentaux qui maintiennent l'unité et l'harmonie de la vie, à certains intérêts de l'âme, devant lesquels la dignité de l'être raisonnable ne permet à aucun de nous l'indifférence.

Quand le sens de l'utilité matérielle et du bien-être domine dans le caractère des sociétés humaines avec la force qu'il a en ce moment, les résultats de l'étroitesse d'esprit et d'une direc-

LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE

tion exclusive de la culture sont particulièrement funestes à la diffusion de ces préoccupations purement idéales qui, étant un objet d'amour pour ceux qui leur consacrent les énergies les plus nobles de leur vie, pour une considérable partie des autres n'ont pour ainsi dire aucune réalité, et se tournent vers une région lointaine et peut-être insoupçonnée.

Toute espèce de méditation désintéressée, de contemplation idéale, de trêve intérieure, où le souci quotidien de Tutile abdique un instant devant une vue noble et sereine jetée du haut de la raison sur les choses, reste ignorée, dans Tétat actuel- des sociétés humaines, pour des millions d'âmes civilisées et cultivées que Tinfluence de l'éducation ou de la coutume réduit à l'automatisme d'une activité, en définitive, matérielle. Eh bien, cette espèce de servitude doit être considérée comme la plus triste et la plus ignominieuse de toutes les condamnations morales. Dans la bataille de la vie, je vous supplie de vous défendre contre la mutilation de votre esprit par la t3^rannie d'un but unique et intéressé. Ne livrez jamais à l'utile ou à la passion qu'une partie de vous-même. Même dans l'esclavage matériel, il reste la possibilité de sauver la liberté intérieure : celle de la raison et du sentiment. N'entreprenez point de justifier, par Tabsorption du travail ou de la lutte, l'esclavage de votre esprit.

Le symbole de ce que doit être votre âme, je le trouve dans un conte, que j'évoque d'un coin empoussiéré de ma mémoire.

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