IX
HUGO D. BARBAGELÁTA.
l'évangile en faveur des miracles íV un triomphe matériel se répandait partout », ne doit pas — ¿i son avis — enthousiasmer les H ispano-Américains . Ils ne doivent pas sacrifier à une influence exotique et étouffante leur « immuable originalité ». // faut que « le génie de la race » préside à la refonte des éléments qui constitueront r américanisme définitif de demain, issu delà démocratie, imbu des traditions latines, fervent du culte de la vie intérieure, autre chose enfin que V américanisme du Nord, dont Rodó explique de magistrale manière les vices et les vertus.
Ce nest pas seulement en Amérique que cette œuvre s'imposa. Martine:^ Sierra, qui compte parmi les écrivains les plus notoires de la nouvelle littérature d'Espagne, affirmait, il y a quelque temps : « Ce petit livre, qui porte le nom du génie de V air dont Shakespeare voulut faire V Inspirateur du Bien. V agile et gai serviteur de la Vieille. Science de Prospero, a exercé sur nombre d'esprits de la jeune Espagne une action bienfaisante incalculable ». Et le sévère critique espagnol Clarin s'écria, lors de l'apparition ^' Ariel ".* »■ Je conseille V étude de cet esprit améri-^ cain. si jeune et déjii si sensé ; tranquille et impartial, sans pour cela manquer d'enthousiasme, aînou/'eux de l'avenir, mais avec de la vénération pour le passe et avec une connaissance positive du présent n.
Même si Rodó n'avait écrit qu'Xñel, ce livre l'aurait consacré maître che:^ fious. parce que, comme, on la déjéi fort bien dit : « // fut l'Évangile de l'éducalion spirituelle » dans r Amérique espagnole. Il survivra à Rodó et les générations successives continueront à V apprendre peucœur dans notre Continent.
I» H Kl ALE.
Neuf ans plus tard. Rodó reprit, jusqu'à un certain point, Le thème traité dans x\riel et le développa dans un livre « en perpétuel devenir » qui devait affirmer une fois de plus sa réputation de penseur et d'écrivain. Entre temps, il se consacra quelque peu ¿i la polit icfiie et employa ses instants de répit à rédiger de brefs essais critiques, et des pensées qu'il assembla plus tard en un volume : El Mirador de Próspero. A cette époque encore, il publiaLibera.lismo y Jacobinismo, séries d'articles de polémique, écrits au jour le jour, o il il étudie brillamment, avec toute V ampleur de son esprit, les origines de la charité et la personnalité sublime de Jésus.
Liberalismo y Jacobinismo appartient ¿i l'époque oîi Rodó faisait de la politique active. La politique^ cette sirène moderne, qui a fait tant de ravages parmi les intellectuels de nos jeunes républiques, devait attirer avec force V idéaliste en action qu était Rodó. Elle le tenta, et s il en est sorti indemne, il lui abandonna en échange plus d'une illusion. Peut-être songeait-il ¿i lui-même, lorsque, parlant de Montalvo, il disait : « Libéral jus qiC à la limite de la noblesse du sentiment, démagogue et plébéien jamais. Il était, par la qualité de ses idées, par la trefupe de son âme et par la distinction de son style, chevalier de la t:te aux pieds ». Il sacrifia à la politique au club et dans la presse, jamais dans les livres. Tant qu'il y fut mêlé, il lui consacra toutefois son talent et son énergie, soit qu'il présentât des projets au Parlement, soit qu'il écrivit des articles de propagande, soit qu'il composât des manifestes et des discours, dont le retentissement fut grand.
Pourtant, la tribune de la politique n'était pas la mcil-