VI INTRODUCTION
son contact elles épuisaient tout leur poison ; et c'est seulement leurs couleurs ou leurs parfums que nous retrouvons en feuilletant ses livres. Il y étudie les œuvres des écrivains de 1885 à 1895 environ. Ah ! commela belladone ou la ciguë encombraient, à cette époque, le jardin des lettres françaises 1 Jules Lemaître n'eut point tout de suite le cœur d'y porter la serpette ou la faulx, mais du moins le mérite lui revient d'avoir reconnu et nommé de leur vrai nom ces végétations dangereuses. Dangereuses ? Gela dépend de qui les cueille. Et voici le lieu de rappeler le définitif commentaire que Barrés a fait des dernières paroles de Jean Moréas : « Tout sentiment, s'il est mené à un degré supérieur de culture, prend un caractère classique... »
Nul mieux que Jules Lemaître n'a su mener à un degré supérieur de culture les sentiments qui animaient ses contemporains. Son intelligence qui aime la lumière, et qui la fait, n'était dupe d'aucune illusion, ou bien, s'il se plaisait parfois au chatoiement des apparences, il les connaissait pour telles. Pre- / mière condition de la culture, que ce perpétuel con- I trôle de tous les actes de l'esprit. Mais il faut aussi, quand on a su distinguer leur vraie nature, ne pas se méprendre sur leur valeur relative, Dira-t-on que cette seconde condition ne peut être réalisée qu'au prix d'innombrables jugements portés à tout instant, sur toutes choses, et que Jules Lemaître se défend de juger ? Une lecture un peu attentive de son œuvre