INTRODUCTION XXIX
de riiarraonie ; ces coquettes sont infiniment séduisantes. Mais, et voilà le malheur pour elles, tout le théâtre de Lemaître rend plus souhaitable à nos yeux une beauté qui est précisément celle qui leur manque : du coup, pâlit tout le lustre de ces perruches, de « ces poupées sans cœur qui ne veulent pas être mères, parce que cela gâte la taille et interrompt le plaisir » . Pas plus que Tauteur, nous ne pouvons dès lors nous faire illusion sur elles. Nous les voyons comme elles sont, et non plus comme elles croient ou voudraient être. Constatons ici de quelle manière un pur artiste peut et doit collaborer au perfectionnement des mœurs : la morale, pour lui, c'est tout juste ce qu'est pour un peintre la science des valeurs.
Un bon dramaturge nous livre ses idées personnelles sur la vie, mais d'abord il doit en mettre sous nos yeux une représentation fidèle. Ces deux règles semblent contradictoires, et cependant il n'est pas de véritable artiste qui ne les accorde, et le plus naturellement du monde. Pourtant, comme Lemaître était un lettré et un philosophe, les primaires de l'art dramatique ne pouvaient manquer de lui refuser les dons d'un « homme de théâtre » . Il serait permis de négliger les reproches de ces gens-là. M. Anatole France parle quelque part d'un gastronome qui, énumérant les beaux-arts, citait l'architecture, « dont la branche principale est la pâtisserie. » Sarcey et ses disciples ont toujours l'air de considérer une pièce de théâtre