XVI INTRODUCTION
ciens confus, et qui cro^^aient les avoir inventées. C'est pourquoi, tandis qu'il séduisait les délicats par l'élégance de son art, par le charme de sa personne que l'on entrevoyait à travers ses écrits, Jules Lemaître faisait la conquête d'un public beaucoup plus vaste et, sans en avoir l'air, maintenait ou réformait son goût. C'est ce public dont l'existence fit de la France, dans le passé, une nation à part et au-dessus des autres nations, et digne de leur imposer sa conception de la vie. C'est à ce public que s'adressaient les écrivains classiques ; c'est grâce à lui qu'ils avaient le sentiment de se trouver en communion avec d autres hommes, sentiment si nécessaire à l'artiste soucieux de contenir dans les limites de la raison une humeur parfois aventureuse. Public d'amateurs lettrés, aussi solidement attachés à un petit nombre de justes principes que prompts à verser dans de séduisantes erreurs ; capables même de persévérer dans ces erreurs par fausse gloire, mais combien heureux ensuite si quelqu'un les reconduit doucement vers la voie qu'ils avaient perdue I Ce public dès le début accorda sa confiance à Jules Lemaître, et Jules Lemaître fut sans doute le dernier critique à grouper ce public autour de son nom. En dépit de l'impressionnisme dont il se réclamait, on comprit que l'on avait affaire à un véritable humaniste. Ce prétendu dilettante, soucieux seulementdes nuances de son âme particulière, ne pouvait écrire une ligne qui ne jetât une lueur