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II INTRODUCTION

démagogique. Pendant ces vingt dernières années, les catholiques ont eu quelques nouveaux motifs de mieux comprendre son indignation et de regretter qu'un tel homme ne soit plus là pour les défendre. Veuillot a reconquis ses titres ; sa correspondance et les livres de son frère ont accentué ce retour d'admiration impartiale. Encore un peu de temps, et plusieurs de ses ouvrages seront devenus classiques. Non seulement il plaît à tous ceux qui aiment le talent et la religion, mais il séduit la partie intelligente des incroyants ; et lui, qui de son vivant eut tant d'ennemis, on peut dire qu'il n'en a plus aujourd'hui. Écrivain, il n'a pas vieilli ; penseur catholique, il garde son actualité. Il annonce, résume et domine nos luttes contemporaines.

Né en i8i3, fils d'un pauvre tonnelier, Louis Veuillot commença par être clerc d'avoué chez le frère de Casimir Delavigne, puis journaliste en province, à Rouen et à Périgueux. C'est après sa conversion à Rome (ï838) qu'il fit ses véritables débuts dans la presse parisienne, où son nom devait retentir si haut et où, dit Sarcey, « il devait prendre rang parmi les plus illustres écrivains de son temps ». On a cru qu'il avait été d'abord républicain et irréligieux. Ce n'est pas exact. Il n'y eut point de violence dans sa conversion et il ne fut pas proprement terrassé par la grâce. C'est à Rome, vivant avec de pieux amis, que ses idées évoluèrent vers la religion, et qu'il sentit le besoin d'une certitude intellectuelle, la nécessité d'une discipline morale. Ce changement fut le résultat d'une très naturelle inclination de cœur et d'esprit. Veuillot n'était point hostile au christianisme ; il fréquentait des indifférents, mais

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autour de lui on ne raillait pas la religion, on s'en passait, tout au plus. Cette transformation n'eut pas lieu pourtant sans effort. Le nouveau converti connut l'angoisse de l'indécision, les agonisants regrets des passions qui résistent à mourir, et le vieil homme en lui ne disparut pas tout d'un coup. Il faut lire dans Rome et Lorette l'émouvant récit de cette crise d'âme. Je sais peu de pages aussi incomparablement belles, qui aient un tel accent d'humilité et de franchise. Nous n'avons pas eu, depuis saint Augustin, un pareil exemple d'élévation morale. Oh ! qu'elle est explicable, la colère qui a succédé à cette douceur ! et comment ce témoignage n'a-t-il pas désarmé les ignorantes rancunes? Un tel livre ne pouvait mentir. On peut s'en convaincre en consultant la correspondance de Yeuillot, que Sarcey lui-même préférait à celle de Voltaire.

Dans son pénétrant et courageux article, M. Jules Lemaître nous présente Veuillot comme une espèce de socialiste dompté par la foi, qui mit au service de la religion un invincible tempérament de démocrate. Je crois que M. Jules Lemaître a peut-être pris un peu trop au sérieux un passage de la première préface des Libres penseurSy où Veuillot dit que, u s'il n'avait pas été chrétien, il aurait appartenu aux sociétés secrètes » et qu'il (( aurait tout fait pour se saisir de la grosse part »: Veuillot, je pense, s'est ici intentionnellement calomnié, pour signaler avec plus de force les conséquences de l'athéisme. Fatalement d'après lui, l'absence de religion doit engendrer le désespoir social. C'est donc sincèrement qu'il pouvait dire : u Voilà ce que j'aurais été, si je n'avais pas été chrétien », certifiant ainsi par lui-

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