IV INTRODUCTION
même la vérité d'une thèse qu'il développe en maints endroits de son œuvre, notamment à propos d'un sermon de Mgr Mermillod. « Pourquoi, dit-il, d'un côté tant de bien et de l'autre si peu ? Pourquoi ici toutes les joies et là toutes les amertumes de la vie ? Ce problème est éternel. Si le christianisme ne le résout pas, il va à la destruction de la société... Si tous ne peuvent être riches, il faut que tous soient chrétiens*. )>
Si donc Yeuillot fut socialiste, ce ne peut être qu'à la manière du Christ, qui n'est pas précisément celle du socialisme contemporain. Le Christ dit aux riches : (( Donnez votre argent aux pauvres. » Les socialistes disent aux pauvres : « Prenez leur argent aux riches. » Il y a une différence. Certes, les révoltes de Jésus contre l'hypocrisie bourgeoise et l'oppression des hautes classes, Yeuillot les a senties, les a partagées. Quant au véritable socialisme révolutionnaire, Yeuillot fut son plus irréconciliable ennemi, et le fameux voyage à Rome n'eut pas à le ramener de si loin. Sa conversion semble avoir seulement développé les dispositions religieuses qui sommeillaient en lui. La vie de son père, sa pauvreté, les épreuves de famille mûrirent prématurément sa jeunesse, lui firent toucher du doigt l'injustice sociale, et c'est à partir de ce moment qu'il déclare avoir compris que l'absence de religion faisait le malheur du peuple, ce qui était presque déjà une pensée chrétienne. Yoilà le fond invariable de ses idées. Il ne les modifiera plus. Il s'insurgera contre la société, parce qu'elle n'est pas chrétienne ; il haïra le bourgeois, parce