DEUXIEME REDACTION
Cependant ces poètes tant fêtés tomberont par grands morceaux et quelques-uns même tout entiers pour s'être soustraits aux conditions nationales de la poésie. Le fond de nation se refuse à ces muses qui ne lui parlent pas sa vraie langue ou qui n'éprouvent pas ses vrais sentiments. Elles ont triomphé comme des maîtresses, elles seront lâchées comme des maîtresses
. . . les bariolages effrénés et les tours de force insensés de M. Hugo, enfin le froid marérialisme de Béranger, soldatesque, bachique et libertin, ne sont pas ce qu'il faut au génie du Français. Ce noble bronze requiert la raison, la finesse, les sentiments hauts et vrais. Le faux s'efface luimême du fier métal sur lequel on a prétendu le graver. En vers commun, en prose, le français veut d'abord parler raison. Qui ne lui fait parler raison le violente et sera tôt ou tard vaincu. Il n'admet pas la vieille inimitié entre la raison et la rime. Il veut qu'elles s'entendent ou il se refuse, et le lecteur s'en va proclamant, non sans droit, qu'il lui plaît de ne savoir pas les langues étrangères, attendu qu'elles n'ont point été faites pour lui. Sans doute, il est devenu moins délicat ; il a appris à se contenter d'un semblant. Mais il veut au moins ce semblant. C'est par ce semblant que Voltaire l'a pris et qu'un siècle n'a pas été de trop pour faire tomber les plâtras de la Henriade et du Discours en vers.
On voit, dans cet exemple, le travail de condensation créer visiblement la netteté du style. C'est le procédé habituel de Veuillot.
INTRODUCTION XIXIH
Mais voici un extrait plus instructif et plus passionnant. Ce sont trois rédactions du môme passage :
PHEMIÈHB RÉDACTION
Tel qu'il est, ce volume m'irjtéressa. Il contient toutes sortes de paysages et de petits portraits qui m'ont rappelé une longue vie assez occupée des clioses de l'esprit. Cette vie a été assez guerroyante, mais ni fade, ni oisive, ni surtout déloyale, et. Dieu merci, pas ennuyeuse. Je l'ai employée au bien, suivant ma conscience et mes forces. J'ai aimé les belles choses, j'ai aimé et honoré les honnêtes gens, j'ai combattu les méchants et les sots. C'est le tableau vrai et, il me semble assez attrayant d'un laborieuse vie.
DEUXIÈME RÉDACfriON
Tel qu'il est, ce volume m'a intéressé. Il contient toutes sortes de tableaux et de portraits qui m'ont rappelé une longue vie assez occupée et même guerroyante, mais qui n'a été ni fade, ni oisive, ni triste, ni ennuyeuse. Je l'ai employée au bien comme je le pouvais, j'ai fréquenté les honnêtes gens, j'ai combattu les méchants et les sots. C'est le tableau vrai et assez attrayant d'une vie d'ouvrier de lettres à une époque où cette classe a (joui et procuré aux autres), a joui d'une importance qui (n'a été favorable ni à elle ni aux autres), qu'elle ne mérite guère et qui ne lui a pas toujours autant réussi. Voilà une raison de ce volume, qui me vient en dernier lieu. J'avoue que si elle ne m'était par venue je l'aurais pubhé tout de même.
(manque. J