LA STATUE DE VOLTAIRE
fois refusé quelque ponte dramatique du père Pyat. Quant aux Sœurs, après tout, elles seraient dans leur droit. 11 leur est permis de ne pas entrer là où le diable est honoré sous sa forme la plus hideuse, qui est la figure glorifiée de l'impie.
Les lèpres, les gales, les gangrènes, toutes espèces d'horreurs, les Sœurs affrontent tout cela. Elles touchent le pestiféré, l'emportent dans leurs bras, le nettoient, le recouchent au lit dont elles ont remué et enlevé les puanteurs. Elles auraient très courageusement et très tendrement soigné Voltaire lui-même et exposé leur visage à son haleine, fallût-il en mourir. Mais s'il avait voulu leur réciter ses poèmes favoris et jeter aussi son souffle sur leur âme, elles se fussent enfuies à bon droit.
D'un autre côté, c'est un droit civique de ne point passer devant le portrait de Voltaire. Ces guenillards rouges prétendent-ils nous réduire tous à saluer le portrait de Voltaire, comme Gessler faisait saluer son chapeau ?
Ils voudront bien encore noter ceci. En exigeant qu'on leur voilât l'insolente idole, les Sœurs n'auraient fait que les imiter très modérément. Ils exigent, en effet, qu'on abatte les statues, bustes, chiffres et emblèmes qui choquent leurs opinions. Ils débaptisent et rebaptisent les rues, ils grattent l'histoire. Ils ne veulent point passer devant une statue de INapoléon, ni dans une rue Bonaparte, ni sur une place impériale, ni sur un pont de Solférino, ni voir un aigle, et ils sont très fiers de l'arrogante ineptie avec laquelle ils se font obéir.
Donc, quand même les Sœurs auraient fait jeter un torchon quelconque sur cette statue privée, dans un lieu devenu momentanément leur domicile, qu'au-
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raient-ils i\ dire ? Le 4 septembre, lorsciue le « f,'Ouvernement » prit siège pour la première fois à l'ilùtel de Ville, M. Gambetta fit retourner contre la muraille les portraits de l'empereur et de l'impératrice qui ornaient la salle ol cjuc le vandalisme républicain voulait lacérer. En quoi les Sœurs seraient-elles plus blâmables que i\l. Gambetta? Elles n'ont jamais prêté aucun serment à Voltaire, ni porté aucun vêtement à son chiffre, ni touché aucune monnaie marquée à son elTigie.
Cette race républicaine n'aura-t-elle jamais le bon sens de voir combien elle se rend impossible à force de contradictions et de brutalités ?
^ Du reste, sans avoir pris aucun renseignement, nous affirmons volontiers que les Sœurs ne sont pour rien dans le légitime affront fait à la statue de Voltaire. Quelqu'un, sans doute une femme, aura pensé qu'il n'était pas décent de laisser cette grimace dans un lieu où les vierges de Jésus-Christ allaient demeurer, où le prêtre du Christ pourrait apporter le sacrement des mourants, où le Christ lui-même pourrait venir. Il y a là une délicatesse de respect et de convenance que la grossièreté rouge peut seule méconnaître. Pour les Sœurs, il est à p-arier qu'elles n'ont guère pris garde aux statues qui décorent le local de l'ambulance. Elles se soucient fort peu de Voltaire, de ses images et de ses gloires. Elles savent, en gros, que ce fut un très mauvais coquin à qui quantité de sots rendent hommage. Elles plaignent le coquin d'avoir été coquin ; elles plaignent les sots qui rendent hommage au coquin, et elles songent h autre chose. Que leur importe de passer devant la statue de Voltaire ? Elles prennent leur chemin vers un sc^joiu' où elles ne rencontreront pas les coquins définitifs.
Il faut croire que tous ces journalistes rouges, ado-