LA STATUE DE ROUSSEAU A GE:<ÈVE
sans repentir, a probablement plus à faire à la j ustice de Dieu qu'à sa clémence. Hélas ! là où il est maintenant, quel supplice j)0ur lui que cette misérable et fausse gloire, s'il est vrai qu'une peine est ajoutée aux peine» des maudits à mesure qu'une âme est perdue par eux.
Pauvres gens de Genève ! c'était bien la peine de briser les saintes images, d'abolir la messe et le culte des saints, pour enseigner à votre peuple, à vos femmes, à vos filles le culte de J.-J. Rousseau !
Un souvenir fantastique domine tout ; c'est celui de Julie d'Etanges. Il semble qu'elle a vécu ici avec les fausses vertus qu'on nous fait admirer dans l'ignorance et dans l'effroi des vertus réelles, et qu'un prestige s'est attaché à tout ce que l'on voit. Le Guide dit en propres termes : « Les souvenirs de la Nouvelle Ilélo'lse donnent un charme particulier à cette contrée, aux yeux des voyageurs sensibles. »
Cette Julie qui nous séduit tant, qui nous paraît aimable et grande, qu'est-ce que sa vertu ? Un appât, une chute possible, probable, justifiée d'avance. Placez à ses côtes, dans le monde, une fille aussi belle, aussi spirituelle et bonne, mais rebelle à la pensée même d'une faute, avant tout soumise à Dieu, ne confiant qu'à Dieu seul le chaste secret de ses combats, chrétienne en un mot : nous la trouverons d'abord insignifiante et nous ne saurons même pas combien nous l'honorons par là.
Nul n'y songera pour en faire une héroïne de roman ; car nul ne pourrait transformer à ce point une vierge pure protégée par la prière. Le dramey comme on dit, se passerait ailleurs entre son crucifix et son âme.
A MONSIEUR LOUIS JOURDAN Rédacteur du Siècle,
J'évite la lecture du Siècle y compère Louis Jourdan. Vous êtes là un chœur de cacographes qui n'avez plus rien à me montrer, et qui me donneriez trop la tentation d'écrire.
Je n'écris point quand je veux, compère ! 11 me faut beaucoup de papier ou un peu de timbre, et passer par bien des tourniquets redoutés * . Pour écarter ce poète d'avant-cour, M. Augier, qui me giboyait en plein théâtre impérial, j'ai dû brocher environ trois cents pages. Qu'il s'agisse de politique, de religion, d'économie sociale, ou seulement de repousser les attaques de l'histrionnerie, la moindre chose que je veuille dire m'oblige de demander au lecteur 76 centimes tout au moins. Vous autres, heureux cacographes, vous êtes libres comme la Belle-Hélène. Vous tenez tous les propos, vous faites tous les gestes, vous dansez toutes les danses ; vous donnez par-dessus le marché un assassinat, un viol, le programme des théâtres, dix