LE CHAPEAU DE M. GLAIS-BIZOIN
20 mai 71.
On s'amuse à Versailles des récents malheurs de M. Glais-Bizoin.
Cet homme illustre est possesseur d'un chapeau unique, quelque chose comme un turban de vieille peau de mouton grise et grasse, et sentant le suint. Il paraît partout sous ce chapeau, qui le fait reconnaître partout. On trouve son chapeau plus cynique encore que sa position sociale, plus cocasse que sa figure, plus montant que son génie. Il a porté ce chapeau à Tours et à Bordeaux, et c'était alors la couronne de France. Il l'avait à Paris lorsqu'il a salué la chute de la colonne. Il est venu ces jours-ci le produire à Versailles sur les Réservoirs. Mais là on s'est fâché.
Des personnes médiocrement endurantes sont venues l'interroger sur son chapeau et sur ce qu'il y avait dessous. On lui a dit bien des choses ! Il s'est embarrassé, il s'est expliqué, il s'est irrité, et il a ôté son chapeau et ce qu'il y avait dessous. On ne le voit plus.
Il n'a pas dit qu'il reviendrait.
Tours et Bordeaux le regretteront. Il était bon enfant.
LE CHAPEAU DE M. GLAIS-BIZOrï ia3
On le voyait assis sur deux chaises dans les cafés ; il disait les secrets du gouvernement, et toute la journée il nommait des sous-préfets, des juges, des généraux, etc., sans leur faire payer la consommation.
Si ce petit article va le trouver dans sa retraite, qu'il sache que nous lui rendons justice et que personne ne lui en veut. Il ne faut pas que sa disgrâce de Versailles l'afflige outre mesure. On l'a hué, siffloté et presque tapoté ; mais c'est à cause de son drôle de chapeau, un peu aussi pour la colonne, et surtout pour le 4 septembre. Oh avait là le 4 septembre sous la main, c'était bien tentant. Du reste, personne n'ignore qu'il fut ce que le 4 septembre pouvait montrer de plus innocent et de plus pur, et que de toute cette première bande il restera le plus honoré.
Hélas I Seigneur, si nous sommes condamnés à demeurer dans ces conditions-là, contentez-vous de nous infliger des Glais-Bizoin ;
Et nous avalerons le chapeau !