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INTRODUCTION XVII

déchaîna la fameuse polémique de 1862, où Mgr Dupanloup n'eut pas toujours la victoire. Remise au point et dégagée des injustices, l'opinion de V^euillot, partagée d'ailleurs par d'éminents prélats, n'était peut-être pas si déraisonnable. Il ne songeait point à supprimer, il voulait seulement diminuer l'importance accordée aux auteurs païens dans l'instruction de la jeunesse. II demandait avec raison qu'on donnât plus de place aux auteurs chrétiens, latins ou grecs, et particulièrement aux Pères de l'Église. Ce qui indisposa les humanistes, ce fut l'agressive véhémence qu'il mit à signaler l'immoraiité des écrivains anciens, pour lesquels la tradition universitaire montre tant de déférence. Veuillot ne voyait qu'une chose qui fût digne d'être enseignée à la jeunesse : le Christianisme. Ne regrettons pas cette polémique. Elle nous a valu de très beaux articles des Mélanges, écrits dans une langue qui ne semble pas, en effet, avoir besoin de tradition pour justifier sa force.

Le voisinage de cette mâle prose, il faut bien le dire, a fait du tort aux essais poétiques où s'est parfois aventurée la libre inspiration de Veuillot. On a peut-être un peu trop mal jugé ces poésies. Il y a bien de l'esprit et de la facilité dans les Satires et les Couleuvres, et quelques-unes de ces pièces sont d'un vrai poète, éloquentes et vigoureuses, comme Marsyas, l'Homme, Vacances, Retour. Veuillot était très capable de se faire un nom en dehors même du journalisme. Malgré sa passion et son parti-pris, il s'est montré critique littéraire de premier ordre quand il a parlé de Lamartine, Hugo, Ponsard, Leconte de Lisle, Sainte-Beuve, Dante, Gau-

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tier. Certains récits de Çà et là révèlent une sensibilité profonde et sont d'une exécution à peu près parfaite. Son roman, l'Honnête Femme, œuvre déjà satirique, est écrit avec une audace réaliste qui causa quelque étonnement dans le monde religieux, où on sait que les auteurs n'abusent pas du droit d'avoir du talent. Veuillot eût pu certainement signer d'excellents ouvrages littéraires. Mais son tempérament l'emportait et, même quand il se contente d'être peintre de voyages, comme dans les Pèlerinages Suisses, il ne peut s'empêcher de brandir le fouet vengeur et de châtier l'ennemi. En réalité, il posséda le don delà prose sous toutes ses formes. Critique, apologiste ou historien, il développe sa phrase avec une ampleur qui rappelle souvent les surévélations de J. de Maistre. Mais où il est vraiment inimitable, c'est dans son style de combat. Sur ce terrain aucun ne l'égale. Il a renouvelé toutes les ressources de la polémique, intarissable ironie, raillerie incisive, mordant des ripostes, répliques inattendues, drôlerie d'arguments, solidité de démonstration, trouvailles d'esprit, création de mots, bouffonneries exquises et, par-dessus tout, j'y insiste, cette intraduisible gauloiserie qui est proprement sa marque. 11 flagelle, fouaille, roule et piétine ses adversaires. Non seulement il prouve qu'ils n'ont pas raison, mais il les rend ridicules d'avoir tort. Il les exaspère, les cloue au pilori, les écorche à vif, les marque au sang. Parfois son dédain se contente d'une chiquenaude et il écrase en passant, il tue à distance. D'autres fois il s'acharne et fait Ijarbotcr le disputeur dans sa sottise. Un certain Pelloquet du National parla d'un a évêque qui s'était

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chargé de réconcilier Louis XIV et la Montespan et de bénir ainsi l'adultère ». Sommé par Veuillot de citer le nom de l'évé^que, le National se fit prier, puis se décida. Et Veuillot écrit, avant de réfuter historiquement les faits : « Nous avons enfin la suite de l'argument Pelloquet. Cet évêquc, dit le National, c'était Bossuet. Oui, il dit cela. Nous devons reconnaître qu'il est honteux et penaud. On sait qu'il s'est fait prier. Il ne demandait qu'à laisser ce nom en blanc. Diffamer un évéquo quelconque, avancer qu'un évêque, à la Cour de Louis XIV, à la face du monde, jouait un rôle infâme, cela ne coûte rien, c'est un plaisir ; mais accoler un nom à cette accusation d'infamie, et le nom de Bossuet! On a beau être démocrate, on hésite... Nous avons voulu que le National bût cette absinthe ; nous lui remettons de bon cœur les injures dont il nous accable en l'avalant. Le fait est que la potion est amère, et le National, vilipendant Bossuet par la plume de Monsieur Pelloquet, n'a plus toute la gravité qui sied à la vertu. Nous le plain'irions nous-mêmes, s'il l'avait moins mérité. )>

On ne peut se figurer, avant d'avoir lu Veuillot, les finesses d'invention, les miracles, les cruautés vengeresses, les variétés d'attaque, les savoureuses originalités que ce grand satirique trouve sous sa plume, pour 'piquer, dénoncer, railler, harceler ses contradicteurs. Un M. de la Guéronnière, conseiller d'Étal, chef des services de l'imprimerie, écrit, sous le pseudonyme de Brémond, un article contre Veuillot. Celui-ci flaire son homme, u L'auteur de cet article, dit il, est Brémond. Qu'est-ce que Brémond? Interrogez le silence, il ne répondra point. A la naissance des nuits sans lune, avant

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