XX INTRODUCTION
plaire, et il mérita l'approbation des savants qu'il interprétait. Sa mission était délicate : le génie peut-être n'y eût point suffi, car il est trop occupé de lui-même pour bien entrer dans la pensée des autres. Il fallait que Fontenelle fût en coquetterie avec toutes les sciences, sans épouser aucune d'elles. Lorsqu'il louait les académiciens défunts, il devait ménager la vanité des vivants et la gloire des morts. Son esprit était lucide, sa curiosité infatigable, son tact et sa finesse extrêmes : ses Éloges constituent la partie la plus durable de son œuvre.
Pour ceux qui aiment à regarder les commencements obscurs des grandes choses, ces biographies, souvent assez courtes, sont inestimables. Exposées en termes simples, de nobles et pures destinées se déroulent devant nous. C'est d'abord la vocation première, éveillée souvent par un livre de Descartes, qui semble au néophyte l'Évangile intellectuel des temps nouveaux ; puis la résistance fréquente de la famille, qui représente l'espèce contre l'individu; ce sont ensuite les eftorts^énibles, courageusement endurés, la pauvreté, lasolUude acceptées d'un cœur léger, car alors les ingénieurs n'eussent pas fourni de Jeunes premiers les comédies et les romans à la mode; malgré toutes ces épreuves, un labeur qui ne s'arrête jamais et qui parfois est meurtrier; enfin une fidélité sans défaillance à la tache une fois entreprise. Chez presque tous, surtout dans le groupe ingénu et charmant des botanistes, brillent la même candeur et la même simplicité d'âme. Rien n'est plus uni que le langage de Fontenelle, lorsqu'il raconte leur vie; les faits parlent d'eux-mêmes, et sur le front de ces humbles travailleurs qui préparent l'avènement d'une vérité encore ignorée, nous voyons par intervalles glisser le rayon des élus.
Est-ce alors une berquinade? un panégyrique ininterrompu? Non point; et ce n'est pas de Fontenelle qu'on pourrait attendre de pareilles platitudes. Ces savants ne sont pas ici racontés par Bernardin de Saint-Pierre I D'abord Fontenelle, à propos de ceuxdont il traite, abonde en épigrammes contre le reste de l'humanité, médecins avides, courtisans frivoles, gens de guerre ignorants, théologiens enveloppés de respectables ténèbres. Les ombres ne manquent pas aux portraits eux-mêmes. Ce n'est pas que le personnage devienne insensiblement ridicule, à