INTRODUCTION XIX
Itroiiiulyuée par Ucscaiics, Ja solidarité des sciences. Dans rantiquilé, les conceptiuns abstraites de la géométrie restaient [tour ainsi dire indépendantes de l'univers : elles se développaient harmonieusement dans l'intelligence, et la nature restait une masse confuse et livrée au caprice. On ne concevait point qu'une alliance fût possible entre Euclide et Pline l'Ancien. Désormais l'hymen indissoluble du monde et de la pensée se précisait; les lois de l'entendement pénétraient la matière; et tous les phénomènes étaient soumis à l'universelle et éternelle mathématique.
Fontenelle comprit toute la portée de celte révélation. Il n'est pas enthousiaste à la manière de Lucrèce : ce ne sont point là ses façons. Il ne revient point d'un voyage à travers les murs flamboyants du monde. Il ne fait même point songer à Buffon, — celui des Époques, — ni à Vîlcnnès d'André Chénier. Mais dans ses deux admirables préfaces il l'histoire de l'Académie, il a montré qu'il prévoyait jusqu'aux ultimes conséquences du principe cartésien. La géométrie gouverne, dit-il, « toutes les matières de physique 'qui sont susceptibles de précision ; car pour celles qu'on ne peut amener à ce degré de clarté, ce n'est pas que la même géométrie n'y domine, mais c'est qu'elle y devient obscure et presque impénétrable par la trop grande complication des mouvements et des figures ». On ne se "serait guère douté, à voir Cydias relever sa manchette et dégager sa jolie main de causeur, qu'il dût un jour faire penser aux auteurs des plus vastes synthèses, à un Auguste Comte ou à un Herbert Spencer.
Aussi bien ses nouvelles fonctions l'avaient discipliné. Le vrai n'est susceptible d'ornements que jusqu'à un cer- J tain point. Désormais la lumière que Fontenelle portait en lui n'allait plus se jouer à travers mille facettes, mais briller d'un éclat égal et pur. Il fut Tidéal du secrétaire perpétuel, (f II fallait à cette compagnie, dit-il en parlant de son prédécesseur Du Hamel, un secrétaire qui entendit et qui parlât bien toutes les différentes langues de ces savants... qui pût donner à tant de matières épineuses et \ abstraites des éclaircissements, un certain tour et même J un agrément que les auteurs négligent quelquefois de leur i donner et que cependant la plupart des lecteurs deman- .' dent. » C'est ce que lit Fontenelle : aux ignorants, il sut '