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UNE PETITE VILLE

A Monsieur d'A...

Puisque vous êtes destiné à passer quelque temps à..., vous faites bien de me demander des conseils sur votre conduite; je connais la ville, je puis vous en donner d'assez bons. Je vais tâchera vous peindre les choses, de sorte que vous pourrez tout reconnaître avec ma lettre à la main. La ville est petite, et votre mérite est grand, cependant, je doute que votre mérite puisse être estimé dans toute la ville. Elle est divisée en deux partis, qui ressemblent pour Tanimosité aux Guelphes et aux Gibelins. On siffle dans l'une de ces cabales ce qui est adoré dans l'autre. Je crois que bientôt elles se distingueront par les couleurs et par les armoiries. La source de cette grande haine, fut un habit que madame du T... avait pris beaucoup de peine à inventer. Madame de S... en fit des plaisanteries, et sur cela elles en vinrent au point de faire déclarer tous leurs amis, et de n'en laisser aucun dans la neutralité. Les deux dames sont à la tête des deux partis. S'il y a une fête chez l'une, dans

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le même temps on en fait la critique chez Taiitre : on n'a de l'esprit auprès de Tune, qu'autant qu'on sait tourner l'autre en ridicule. Dès que vous arriverez, les deux factions n'épargneront rien pour vous attirer chacune à elle; car un étranger qui se détermine pour l'une ou pour l'autre, est d'un grand poids, et principalement un homme de Paris : on croit qu'il représente le goût de Paris entier. Quand je dis qu'on le croit, je veux dire qu'on le croit dans la faction victorieuse; dans l'autre, on n'en croit rien : on soutient que cet homme-là ne se connaît pas en gens; et fût-il de Paris, on avance hardiment qu'il y a à Paris les plus mauvais connaisseurs de France, aussi bien que les meilleurs. Ainsi, comptez que d'abord vous serez extrêmement couru; mais que si vous faites choix d'un des deux partis, l'autre se mettra à vous examiner par tous les endroits imaginables, et même par votre noblesse. Si elle passe là, elle passera bien à Malte. Il n'y aura trait dans votre vie qu'on ne rappelle : on écrirait plutôt dans tous les lieux où vous avez été, pour avoir des mémoires de vos dits et gestes. Le meilleur serait de vous conserver toujours neutre, en faisant espérer à Tune et à l'autre faction que vous a'ous déclarerez pour elle; mais j'avoue que cette conduite est très difficile à tenir, peu de négociateurs au monde en seraient capables. S'il faut que vous vous déterminiez, voici du moins les portraits des deux chefs de parti que je vous envoie, afin que vous vous déterminiez plus aisément. Il n'est point question de beauté chez l'une ni chez l'autre des dames; il ne s'agit que de l'esprit, des airs du monde, et principalement des habits. Il n'appartient de parler de leurs habits qu'à leurs marchands, qui profitent de la noble émulation qu'elles ont lune contre l'autre sur cette matière-là. Pour l'esprit, madame de T... Va plus vif et plus étourdi,

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ot madame de S... plus lent et plus reposé. Aussi elles lâchent bien à profiter de leurs avantages : Tune par un ridicule perpétuel, et quelquefois assez juste, qu'elle jette sur Tautre; et l'autre, par un mépris atTecté, qui se contente de peu de paroles, mais fort empoisonnées. Ceux qui se piquent de bel esprit sont entrés dans le parti de la première, et la dernière a mis dans le sien ceux qui se piquent davantage dètre honnêtes gens. Si vous voulez être d'une cohue souvent fort confuse, mais aussi assez réjouissante, allez chez madame du T.... Si vous voulez voir des gens plus sérieux, et lier des couA'ersations plus régulières, et en récompense plus fatigantes et plus guindées, allez chez madame de S.... Mais enfin, avant que de vous déclarer pour Tune d'elles, faites j)rovision de plaisanteries sur l'autre. Je crois déjà deviner le parti que vous suivrez; la cohue vaut mieux pour peu de temps : j'aimerais mieux l'autre maison pour un commerce qui devrait avoir de la suite. Adieu; mandez-moi au plus tôt comment vous vous serez g-ouverné.

Entretiens sur la Pluralité des Mondes.

Ces entretiens constituent un petit cours de cosmographie. Le cadre en est très ingénieux. Fontenellc feint de rapporter les conversations qu'il aurait eues avec une marquise, pendant un séjour aux cliamps.

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