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LE CID. — CORNEILLE ET RICHELIEU

Fontenelle, qui n'entend rien au comique-lyrique, vient de critiquer assez fortement l'Illusion Comique :

Après rillusion Comique, Corneille se réveilla plus grand et plus fort qu'il n'avait encore été, et fit le Ciel. Jamais pièce de théâtre n'eut un si grand succès. Je me souviens d'avoir vu en ma vie un homme de guerre et un mathématicien, qui de toutes les comédies du monde ne connaissaient que le Cid\ Ihorrible barbarie où ils vivaient n'avait pu empêcher le nom du Cid d'aller jusqu'à eux. Corneille avait, dans son cabinet, cette pièce traduite en toutes les langues de l'Europe, hormis lesclavonne et la turque. Elle était en allemand, en anglais, en flamand; et par une exactitude flamande, on l'avait rendue vers pour vers. Elle était en italien, et, ce qui est plus étonnant, en espagnol. Les Espagnols avaient bien voulu copier eux-mêmes une copie dont

l'original leur appartenait. M. Pellisson, dans sa belle histoire de FAcadémie française, dit qu'en plusieurs provinces de France, il était passé en proverbe de dire : Cela est beau comme le Cid. Si ce proverbe a péri, il faut s'en prendre aux auteurs qui ne le goûtaient pas, et à la cour, où c'eût été très mal parler que de s'en servir sous le ministère du cardinal Richelieu.

Ce grand homme avait la plus vaste ambition qui ait jamais été. Sa gloire de gouverner la France presque absolument, d'abaisser la redoutable maison d'Autriche, de remuer toute l'Europe à son gré, ne lui suffisait point; il y voulait joindre encore celle de faire des comédies; et que Ton ne croie pas qu'il s'en tint là. En môme temps qu'il faisait des comédies, il se piquait de faire de beaux livres de dévotion. Les livres de dévotion ne rempéchaient pas de songer à plaire aux dames par les agréments de sa personne. Malgré sa galanterie, il prétendait passer pour savant en hébreu, en syriaque et en arabe, jusque-là qu'il voulut acheter cent mille écus la Polyglotte de Le Jay pour la mettre sous son nom. Enfin, en fait de gloire il embrassait tout ce qui paraît le plus se contredire : génie infiniment élevé, dont les défauts mêmes ont de la noblesse, et s'attiraient presque du respect aussi bien que ses grandes qualités.

Une de celles qu'il prétendait réunir en lui, c'est-àdire celle de poète, le rendit jaloux du Cid. Il avait eu part à quelques pièces qui avaient paru sous le nom de Desmarels son confident, et, pour ainsi dire, son premier commis dans le département des affaires poétiques. On prétend que le cardinal travailla beaucoup à Mirame, tragédie assez médiocre, et qui emprunte son nom d'une princesse assez mal morigénée. « Il témoigna, dit Pellisson, des tendresses de père pour cette pièce, dont la représentation lui

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