INTRODUCTION XI
La « substanco qui pense », chère à Bélise, était la i)rincipale occupation de sa vie : mais il n'en bannissait point la i< substance étendue ». Seulement il la réduisait à sa juste part, et ne lui permettait point d'introduire un trop grand désordre en ses esprits animaux. Mais il demandait aux femmes d'autres joies. Car, s'il n'était ni sentimental ni passionné, il était intellectuel en même temps que sensuel, comme beaucoup de Français. <( Pour les recherches laborieuses, dit-il dans un de ses discours académiques, pour la solidité du raisonnement, pour la force, pour la profondeur, il ne faut que des hommes. Pour une élégance naïve, pour une simplicité fine et piquante, pour le sentiment des convenances, pour une certaine Heur d'esprit, il faut des hommes polis par le commerce des femmes. » Fontenelle savait combien l'imagination d'un causeur s'anime, comme elle est fertile en soudaines trouvailles lorsqu'il parle devant une jolie femme, même si elle l'entend à demi, même s'il n'est pas sûr que ses paroles soient pour elle beaucoup plus qu'un murmure harmonieux. Aussi, durant toute sa vie, rechercha-t-il « le sexe », comme disait Philaminte, et, par un juste retour, le sexe le lui rendit, depuis les précieuses auprès desquelles La Bruyère lui reproche si rudement de s'insinuer, jusqu'à M"^''^ de Lambert, de ïencin, Geoffrin, de Forgeville, qui choyèrent et embellirent sa vieillesse, oii la galanterie ne cessait de fleurir. Elles sentaient bien ce qui lui manquait : car, ainsi que toutes leurs pareilles, elles avaient là-dessus de merveilleuses lumières. Et M"^<^ Geoffrin disait de lui qu'il apportait tout dans la société, « excepté ce deuré d'intérêt qui rend malheureux )>. Et M"^*"- de TencuTTûT reprochait de n'avoir à la place du cœur que de la cervelle. Mais ces spirituelles personnes le suivaient toujours, et toujours l'écoutaient, car ce sont surtout les femmes que retiennent les chaînes d'or de notre vieil Hercule iiaulois.
Il se servit aussi d'elles pour s'avancer dans le monde. Elles avaient une grande influence. <( Ici, disait Fontenelle dans la préface de ses Comédies, il est question de