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ELOGE DU COMTE MARSIGLI

en 1083, quand les ennemis parurent pour passer cette rivière. Ce fut là qu'après une action vive, il tomba blessé et presque mourant entre les mains des Tartares, le ^2 juillet, jour de la Visitation. Ce n'est pas sans raison que nous ajoutons le nom de cette l'èle à la date du jour. 11 a fait de sa captivité une relation, où il a bien senti que l'art n'élait point nécessaire pour la rendre touchante. Le sabre toujours levé sur sa tète, la mort toujours présente à ses yeux, des traitements plus que barbare^, qui étaient une mort de tous les moments, feront frémir les plus impitoyables; et l'on aura seulement de la peine à concevoir comment sa jeunesse, sa bonne constitution, son courai^e, la résignation la plus chrétienne, ont pu résister à une si alfreusc situation. 11 se crut heureux d'être acheté par deux Turcs, frères et très pauvres, avec qui il souffrit encore beaucoup, mais plus par leur misère que par leur cruauté; il comptait qu'ils lui avaient sauvé la vie. Ces maîtres, si doux, le faisaient enchaîner toutes les nuits à un pieu planté au milieu de leur chétive cabane, et un troisième Turc, qui vivait avec eux, était chargé de ce soin.

Enfin, car nous supprimons beaucoup de détails, quoique intéressants, il trouva moyen de donner de ses nouvelles en Italie, et de se faire racheter; et le jour de sa liberté fut le 25 mars 1684, jour de l'Annonciation. Ses réllexions sur ces deux dates de sa captivité et de sa délivrance font la plus remarquable partie de son éloge, puisqu'elles découvrent en lui un grand fonds de piété. Il conçut, et ce sont ici ses paroles, que dans deux jours, oii Tauguste protectrice des fidèles est particulièrement honorée, elle lui avait obtenu deux grâces du ciel : l'une consistait à le punir salutairement de ses fautes passées, l'autre à faire cesser la punition

La succession d'Espagne ayant rallumé en 1701 une guerre qui embrasa l'Europe, l'importante place de Brissach se rendit par capitulation à feu le duc de Bourgogne le G septembre 1703, après treize jours de tranchée ouverte. Le comte d'Arco y commandait, et sous lui Marsigli, parvenu alors au grade de général de bataille. L'empereur persuadé que Brissach avait été en état de se défendre, et qu'une si prompte capitulation s'était faite contre les règles, nomma des juges pour connaître de cette grande affaire. Ils prononcèrent le 4 février 1704 une sentence, par laquelle le comte d'Arco était condamné à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté le 18 du même mois; et le comte Marsigli à ctre déposé de tous honneurs et charges, avec la riipUire de Vépée. Un coup si terrible lui dut faire regretter Tesclavage chez les Tartares.

Il est presque impossible que de pareils coups fassent la même impression sur le coupable et sur l'innocent; l'un est terrassé, malgré lui-même, par le témoignage de sa conscience; l'autre en est soutenu et relevé. 11 alla à Vienne pour se jeter aux pieds de l'empereur, et lui demander la revision du procès; il ne put en huit mois approcher de Sa Mnjesté impériale, grâce en effet très diflicile à obtenir du prince le plus juste, à cause des conséquences ou dangereuses, ou tout au moins désagréables. 11 eut donc recours au public, et remplit l'Europe d'un grand mémoire imprimé pour sa justification. Par bonheur pour lui, un anonyme, et ce ne fut qu'un anonyme, y répondit; ce qui lui donna lieu de lever jusqu'aux moindres scrupules que son apologie aurait pu laisser. Le fond en est que longtemps avant le siège de Brissach, il avait représenté très instamment que la place ne pourrait se défendre, et il le fait voir par les états de la garnison, des munitions de guerre, etc., pièce dont on ne lui a pas contesté la vérité. On

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lui avail rclusL', sous prétexte d'autres besoins, tout ce ({u'il avait demandé de plus nécessaire et de plus indisi)ensal)le. Il n'élail point le commandant, et il n'avait l'ait que se ranger à lavis entièrement unanime du conseil de guerre. Mais cette grande brièveté, à laquelle nous sommes obligés de réduire ses raisons, lui fait torl ; et il vaut mieux nous contenter de dire que le public, qui sait si bien faire entendre son jugement sans le prononcer en forme, ne souscrivit pas à celui des commissaires impériaux. Les puissances môme alliées de l'empereur, intéressées par conséquent à la conservation de Brissach, reconnurent l'innocence du comte Marsigli, et la Hollande nommément permit qu'on en rendît témoignage dans des écrits qui furent publiés. Parmi tous ces suffrages favorables nous en avons encore un à compter, (|ui n'est à la vérité que celui d'un particulier; mais ce particulier est le maréchal de Vauban, dont l'autorité aurait pu être opposée, s'il l'eût fallu, à celle de toute l'Europe, comme l'autorité de Caton à celle des dieux. Sur le fond de toute cette affaire, il parut généralement qu'on avait voulu au commencement d'une grande guerre donner un exemple effrayant de sévérité, dont on prévoyait les besoins dans beaucoup d'autres occasions pareilles. La morale des États se résout pour de si grands inérêts à hasarder le sacrifice de quelques particuliers.

Marsigli envoya toutes ses pièces justificatiNes à l'Académie, comme à un corps dont il ne voulait pas perdre l'estime, et il est remarquable dans la lettre qu'il lui écrivit, qu'après avoir parlé en peu de mots de sa malheureuse situation, il ne pense plus qu'à des projets d'ouvrages, et les expose assez au long, principalement l'idée qu'il avait d'établir le véritable cours de la ligne des montagnes, qui commence à la mer Noire, va parallèlement au Danube jusqu'au

mont Saint-Golhai'd, cl continue jusqu'à la Méditerranée.

Dans limpression de ses apologies, il met pour vignette une espèce de devise singulière qui a rapport à son aventure. C'est une première lettre de son nom, qui porte de part et d'autre entre ses deux jambes les deux tronçons d'une épée rompue avec ces mots : [raclas integro. Eùt-il imagine, cùt-il publié cette représentation affligeante, s'il se fût cru flétri? et n'eu I -il pas cru l'être, si la voix publique ne l'eût pleinement rassuré?

Il chercha sa consolation dans les sciences, dont il s'était heureusement ménagé le secours, sans prévoir ({u'il lui dût être un jour si nécessaire. Ce qui n'avait été pour lui qu'un lieu de plaisance devint un asile. Il conserva la pratique d'étudier par les voyages, dont il avait contracté l'habitude, et c'est réellement la meilleure pour Ihistoire naturelle, qui était son grand objet. 11 alla en Suisse, où la nature se présente sous un aspect si différent de tous les autres; et ce pays l'intéressait parliculièi'emenl, parce qu'il voulait faire un traité de la structure organique de la terre, et que les montagnes sont peut-être des espèces d'os de ce grand corps. Il vint ensuite à Paris, où il ne trouva pas moins de quoi exercer sa curiosité, quoique d'une manière diiï'érente. De là il parcourut la France, et s'arrêta à Marseille pour étudier la mer.

Étant un jour sur le port, il reconnut un galérien turc pour être celui qui l'attachait toutes les nuits au pieu dont nous avons parlé. Ce malheureux, frappé dun effroi mortel, se jela à ses pieds pour implorer sa miséricorde qui ne devait consister qu'à ne pas .ijouter de nouvelles rigueurs à sa misère présente. Marsigli écrivit au comte de Ponlchartrain pour le prier de demander la liberté de c<' Turc, et elle fut

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accordée. On le iviivova à Al<j;cr, doii il niaiida à son libéralcur qu'il avait obtenu du paclia des traitements plus doux pour les esclaves chréliens. Il semble que la fortune imitût un auteur de roman, qui aurait ménagé des rencontres imprévues et singulières en faveur des vertus de son héros-

Éloge de Ruysch.

(Fragment).

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