ÉLOGE DE DU FAY
Il élait extrêmement connu, et personne ne Ta connu qui ne l'ait re^^retté. Je n'ai point vu déloge funèbre fait par le public, plus exempt de restrictions et de modifications que le sien.
Aussi les qualités qui plaisaient en lui, étaient précisément celles qui plaisent le plus généralement : des mœurs douces, une gaieté fort égale, une grande envie de servir el d'obliger; et tout cela n'était mêlé de rien qui déplût, d'aucun air de vanité, d'aucun étalage de savoir, d'aucune malignité ni déclarée ni enveloppée. On ne pouvait pas regarder son extrême activité comme l'inquiétude d'un homme qui ne cherchait qu'à se fuir lui-même par les mouvements qu'il se donnait au dehors : on en voyait trop les principes honorables pour lui, et les elTets souvent avantageux aux autres.
L'Académie a été plus touchée de sa morl que le reste du public. Quoique occupée des sciences les plus élevées au-dessus de la portée ordinaire des hommes, elle ne laisse pas d'avoir des besoins et des intérêts, pour ainsi dire, lenqiorels, qui l'obligenl à négocier avec des hommes; et si elle n'y employait que des agents qui ne sussent que la langue qu'elle parle, elle ne serait pas si bien servie par eux, <pu^ par d'autres qui parleraient et sa langue et celle du monde. Du Fay était une espèce damphibie propre à vivre dans Tun et l'autre élément, et à les l'aire communiquer ensemble. Jamais il n'a manqué l'occasion de parler ou d'agir pour lAcadémie, el comme il était partout, elle élait sûre d'avoir partout un agent habile el zélé, sans même qu'il eût été chargé de rien. Mais ce qu'elle sent le plus, c'est d'avoir perdu un sujet déjà distingué par ses talents, destiné naturellement à aller fort loin, et arrêté au milieu de sa course.