LE FEU SACRÉ
d'un politique génial a su percer des épaisseurs d'indififérence et faire jaillir la nappe profonde? Qui devons-nous remercier et glorifier d'avoir jeté dans notre nation un tel courant de force' et d'amitié ?
C'est r Alsace-Lorraine qui nous a sauvés. C'est d'Alsace qu'est partie l'étincelle libératrice. Le secret de notre puissance reposait au fond de nos êtres, inconnu de nous-mêmes. La gangue épaisse fut forée, la source commença de jaillir quand, il y a quelques mois, l'impérialisme militaire s'avisa de brimer, provoquer et frapper d'honnêtes bourgeois, ouvriers, paysans d'Alsace parce qu'ils gardaient silencieusement une filiale sympathie pour le génie de la France. Ces méchancetés arrogantes, ces offenses à la justice, cette barbarie insultant à la fois notre patrie et l'humanité, voilà ce qui a réveillé d'abord chez nous tous le sentiment de notre supériorité morale et l'idée de notre mission. Ce n'est pas nous qui avons posé la question : « Quel est l'esprit qui doit gouverner le monde ? » mais puisqu'on la posait, d'une seule voix la France a répondu : « L'esprit d'injustice ne peut pas prévaloir sous le ciel. » Et de l'univers entier, les cœurs et les armées accourent nous assister.
Alsace-Lorraina, fille de la douleur, sois bénie ! Depuis quarante-trois ans, par ta fidélité, tu maintenais sous nos poitrines souvent irritées une amitié commune. Les meilleurs recevaient de toi leur vertu. Tu fus notre lien, notre communion, le foyer du patriotisme, un exemple brûlant. Aujourd'hui le feu sacré a- gagné la France entière. Tu nous a sauvés de nous-mêmes . A nous de te délivrer, Rédemptrice.
20 septembre 1914.
Hier, par Rozoy, Goulommiers, la Ferté-Gaucher, je m'en suis allé à Montmirail. C'est une petite ville, avec beaucoup de verdure et un château entouré d'un parc grandiose. Pour y atteindre, nous avons franchi la vallée du Petit-Morin, quasi déserte et muette, monté la'côte, et, toutde suite, voici des toits effondrés, des vitres brisées, des murs écorchés. C'est l'effet de l'artillerie française qui, il y a une huitaine, a surpris et chassé les Allemands.
J'interroge une vieille dame :
« Ont-ils été mauvais ?
— Pas au début. Ils sont arrivés en riant. Ils avaient avec eux un petit âne et ils l'appelaient Poincaré. Un soldat a tué une petite fille et son grand-père qui voulait la défendre, mais ses chefs l'ont fait fusiller. Ils ont pillé toutes les maisons abandonnées, mais beaucoup moins celles où l'on était demeuré. Le plus grand nombre des gens d'ici était parti. Moi, avec de l'argent dans ma poche, je n'ai pas trouvé de voiture, rien pour m'emmener. Je suis restée. On m'a envoyé vingt soldats ; j'ai été trouver un officier, je lui ai dit : « Je suis une veuve, une vieille femme ; il y a dans ma maison une bonne chambre avec un bon lit ; voulez-vous y
venir? » Il est venu et tous ont été polis. Seulement, à la fin, quand on a su que les Français approchaient, ils devenaient méchants... »
L'état-major allemand logeait dans le château du duc de La Rochefoucauld, au centre de la ville. Je vais le visiter. C'est une belle habitation Louis XIII, entourée de bassins d'eau et d'arbres admirables, avec des points de vue très bien aménagés. Aujourd'hui, des officiers français y sont installés et leurs noms et grades crayonnés sur les portes des chambres se superposent aux inscriptions des Allemands.
Le cardinal de Retz est né dans cette maison. La bibliothèque, formée de classiques et de théologiens, les pièces de réception d'où l'on plonge sur de profondes campagnes solitaires, les chambres très simples des étages, tout compose une atmosphère à la française, mais souillée par le passage des sales gens d'Allemagne. Ils ont laissé sur le plancher du salon quelques douzaines de bouteilles volées à la cave. Us étaient en train de les boire, le soir, quand un projectile vint éclater dans la pièce voisine et leur annoncer l'approche de nos Français. Ils n'en attendirent pas plus, et coururent à leurs automobiles, sous le perron du château. Leurs hommes commencèrent à creuser une petite tranchée que j'ai vue à l'extrémité du parc; puis, y renonçant, les suivirent à la galope.
Tout s'était envolé que les Français tiraient toujours. La ville allait-elle être anéantie ? Un brave garçon se dévoua. Il prit sa bicyclette et courut prévenir les nôtres que les Prussiens s'étaient sauvés.
L'aubergiste du Vert-Galant me montre ses cham-
bres que nos projectiles ont mises en capilotade, au moment même où il venait de les transformer à la mode du Touring-Glub. « G'est-y pas malheureux, monsieur I » Il se console de ses ripolins perdus, en brave homme, avec le plaisir qu'il a de cuisiner gracieusement les morceaux de viande que les soldats lui apportent.
De Montmirail, je suis allé à Château-Thierry. Toujours silence et solitude. Voilà des campagnes où l'on devrait se promener le chapeau à la main, car nos grands-pères et nos fils les ont inondées avec gloire de leur sang. En passant près de la colonne triomphale qui porte Taigle d'or de 1814, j'ai remarqué qu'elle avait reçu, ces jours derniers, des balles.
Sur cette route, qui respire encore toute fraîche la bataille d'hier, Victor Hugo est venu, il y a quatre-vingts ans, chercher la trace de l'épopée impériale. Plein d'imagination et de souvenirs, il n'y a rencontré qu'une charrette bizarre dont il lui a plu de faire une eau-forte. « Pour attelage un âne et un cheval. Sur la voiture, des casseroles, des chaudrons, de vieux coffres, des chaises de paille, un tas de meubles; à l'avant, dans une espèce de panier, trois petits enfants presque nus ; à l'arrière, dans un autre panier, des poules. Pour conducteur, un homme en blouse, à pied, portant un enfant sur son dos. A quelques pas, une femme marchant aussi et portant aussi un enfant ». « Où fuit cette charrette? disait-il. Est-ce donc la grande bataille de 1814 qui recommence ? « Hier, 18 septembre 1914, je viens de la rencontrer de nouveau, cette charrette
lamentable. Je les ai revus, ces femmes, ces enfants et ces poules. Pas Thomme, toutefois ! Il se bat sur l'Aisne. Oui, cette charrette de pauvres émigrants que Victor Hugo a demi vue, demi rêvée, hier, dans ce coin, nous l'avons rencontrée trente fois, cent fois. Elle ramenait à leur village des paysans chassés par la bataille de la Marne. Pauvres gens, fuite bien légitime et bien respectable, celle-là! Mon aimable compagnon s'était muni de chocolat pour les enfants, de journaux pour les parents. Il y joignait des secours généreux.
Plus loin, nous avons croisé un groupe de cuirassiers, magnifiques dans leur désordre de guerre, les cuirasses bombées, les visages amaigris ^ les medns bandées, la tête dans du linge, les yeux rayonnants, gais, jeunes, courtois et braves, pour qui nous avions des provisions de cigarettes dont ils ont été enchantés.
La campagne était triste, solitaire, presque noire. Le canon tonnait dans le lointain. On voyait des champs jonchés de paille : les troupes y avaient campé. On voyait des trous, entourés de terres soulevées, avec un fond brûlé : c'est l'effet des obus On voyait de grands carrés fraîchement piétines : des tombes. Des cadavres de chevaux, plus lourds à traîner, plus encombrants que ceux des hommes, gisent encore ça et là.
A Château-Thierry, j'ai voulu visiter la maison de La Fontaine. Le chien du fabuliste jouait derrière la grille ; le chat ronronnait sur l'appui d'une fenêtre, mais la gardienne m'a dit qu'on ne visitait paspendant la guerre. Je me suis consolé en causant
avec des soldats anglais dans la rue, qui, tous, savent assez de français pour prédire en fort bons termes la destruction prochaine de Tarmée allemande. « La garde impériale de Potsdam ! m'a dit l'un deux. Plus rien : nous l'avons bouffée ! » Et de rire ! Dieu ! qu'il est agréable l'accent de nos alliés, et leur rire 1 II y a sur tous ces visages quelque chose de jeune. Avez-vous remarqué cette expression constante des physionomies anglaises? Un je ne sais quoi de l'enfance y persiste à travers les âges de la vie.
Nous avons mis dans les mains de ces bons amis un tas de New York Herald et de Daili/ News^ puis, reprenant le chemin de Paris, nous nous sommes arrêtés à Meaux pour saluer un grand Français, M^Marbeau était l'ami de Déroulède qui, dans ses derniers jours, lui ouvrit sa conscience de héros sans reproche. Ils continuent de s'entendre à travers les légères cloisons posées par la mort. ^ ... Quelle coupe de patriotisme qu'une telle journée! Ce n'est pas un philtre d'oubli # qu'on y boit. Le grand fleuve germain se retire sans laisser aucune alluvion, aucune boue sur notre sol, mais il marque inefifaçablement notre cœur. Sur ces graves champs d'automne, que je viens de parcourir, en me reprochant de ne pas assumer une plus lourde part des misères de mes frères français, la nature va tout réparer rapidement. Son riche tapis, ses puissances d'oubli ne peuvent pas s'étendre sur nos sentiments irrités. Quelle solitude vers la fin du jour ! Aucun bruit, aucune animation pour nous distraire sur ces routes embru-
mées. Ce qui remplit le cœur dans ce vide, au milieu de ces villages sans hommes et de ces foyers demi détruits, c'est un élan vers la France. Il y a dans ce silence des campagnes françaises, à cette heure, interrompu seulement par les canonnades lointaines, une espèce d'attente solennelle, l'attente d'une résurrection générale de notre génie.
21 septembre 1914.
« Les Allemands se sont acharnés, sans raisons militaires, à tirer sur la cathédrale de Reims qui est en flammes. »
Cette phrase est chargée de sens. Vous remarquerez le verbe, ils se sont acharnés^ et cette incidente, sans raisons militaires. Voilà le crime que rien n'excuse et que l'histoire à jamais commentera pour le déshonneur de ces récidivistes. Ils ont commencé par Louvain, continué par Malines, Senlis, Soissons, Aujourd'hui ils brûlent la cathédrale de Reims, par dépit de n'avoir pu anéantir Notre-Dame de Paris.
C'est une déclaration de guerre à tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde, que les généraux de l'empereur allemand viennent de lancer en tournant leurs obusiers sur le lieu où Clovis hérita de la civilisation latine, sur la haute et divine maison éblouissante.
Un des joyaux du monde achève de s'anéantir.
Pourquoi l'Allemagne commet-elle cet acte abominable? Dans quel espoir? Comment y trouver, je ne dis pas une excuse, mais un semblant d'utilité?
Les Allemands n'ont à la bouche et sur leurs lèvres pharisiennes que le nom de Dieu. Croient-ils
leurs bombes agréables aux autels du Seigneur? Pensent-ils édifier le ciel en écrasant de leurs obus ce toit de paix et de bénédiction? Non pas 1 Enragés d'impuissance, ils se livrent aux forces infernales. Ces misérables, réjouissons-nous, trahissent aujourd'hui un état d'esprit de désespérés. Ils s'abandonnent sur Reims à un accès de rage impuissante. C'est une vengeance de vaincus. Ils se sentent matés, dominés, et, dans leur vil désespoir, ils bombardent la maison des espérances chrétiennes.
Nos espérances? Ils ne les atteindront pas. Elles sont pieusement, religieusement déposées dans nos armées. Elles animent le cœur de tous les Français.
I Qu'importe si l'église de pierre s'écroule ! La société française, la patrie, comme une arche sainte, demeure
( et brave la tempête. Et dans ces pierres qu'ils canonnent, les Prussiens ne mettront pas l'immobilité de la mort. A tout ce qu'elles contiennent d'éternité et de grandeur s'ajoutent maintenant les jours de septembre 1914. Elles ne seront que plus frémissantes, mieux chargées de vie, plus sacrées. Elles ont souffert avec nos soldats. Sainte cathédrale de
^ Reims, toute mutilée, tu demeures, aux yeux de l'esprit, notre relique nationale.
Pourquoi veulent-ils martyriser le chef-d'œuvre de la France? A cette question, Frédéric Masson a répondu hier matin, quand, au terme d'un article tout probant du Gaulois : « Pourquoi ils ont brûlé Louvain », il conclut : « Guillaume II, empereur allemand, a ordonné de brûler l'Université de Lou- t vain, au nom de la culture germanique et par haine de la culture catholique et latine, » Voilà bien.
en effet, une des pensées infâmes et profondes de cette race, menée à la fois par le pédantisme et par une fureur démoniaque de destructions, et le noble roi d'Angleterre a proclamé la vérité quand il a solennellement fait savoir à son peuple que « les Allemands ont décidé d'anéantir la nation française. » ils s'acharnent, à cette minute, sur le lieu où, de barbares, nous fûmes nommés Français et sacrés comme les héritiers légitimes des antiques civilisations. Ils veulent nous atteindre à notre source même et nous frapper symboliquement dans notre racine.
Eh bien ! d'instinct, nous leur répondons, avant
d'avoir même raisonné. Au moment où l'on nous
. a dit : « Les obus tombent sur les verrières, sur les
sculptures, sur la voûte merveilleuse », nous avons
tous crié :
« Ces obus-là, du moins, ne tombent pas sur nos bataillons, sur nos frères, sur nos fils et sur nos défenseurs. Périssent les merveilles du génie français, plutôt que le génie français lui-même ! Que les plus belles pierres soient anéanties plutôt que le sang de ma race ! A cette minute, je préfère le plus humble, le plus fragile fantassin de France à nos chefs-d'œuvre dignes de l'immortalité. Nous en referons des chefs-d'œuvre! Le sang des Français est chargé d'une série infinie de perfections qui aspirent à naître, à s'épanouir. L'essentiel est que notre nation demeure. »
Vive la France ! C'est la seule réponse des croyants, des artistes, de tous les patriotes. Mais vous, chefs de l'armée, qu'attendez-vous pour tirer une leçon
de ces douleurs? Entassez désormais dans nos monuments précieux, sous la voûte de nos églises et de nos musées, tous les blessés allemands, tous les prisonniers allemands, et qu'ils partagent, signalés, couverts par le drapeau de la Croix-Rouge, le sort de nos trésors d'art.
25 septembre 1914.
Nul ne songe à reprendre les développements d'un Victor Hugo sur Paris, la ville sublime, centre du monde, sommet de la pensée, etc., etc. Nul n'en aurait le souffle, et d'ailleurs aujourd'hui le public répugne au clinquant, à la rhétorique pompeuse, à tout ce qui peut sentir Tartifice. On a faim et soif de vérité. Les ordres du jour du général Joffre, d'une simplicité solide, donnent le ton à la pensée française. Mais constatons que Paris, à cette heure, offre un modèle admirable de fermeté et de sincérité. Tout y est paisible, sérieux, tourné vers les soins les plus nobles. Chacun s'associe au sort du pays, fraternise sans bassesse avec son voisin, entretient au fond de son cœur une émotion violente et se garde d'en faire étalage. Il n'est pas un seul de nous qui, dans cette minute, ne préfère nos soldats et la France à soi-même. Quelle rare dignité, dans une tragédie où rien n'est théâtral ! Beaucoup de personnes ont pris, de bonne foi, les grandes foires mondiales, les expositions universelles pour le plus beau moment caractéristique de Paris. C'est aujourd'hui que, réduite en nombre, épurée par l'épreuve et par les départs, la grande ville témoigne sa vraie qualité morale. Et, pour ma part, jamais avec tant
de piété qu'aux minutes où les Barbares s'approchaient , je n'ai senti mon attachement filial à notre cité, à ce dépôt d'esprit accumulé et unifié par les siècles •
Le soir, au jour tombant, je quitte le journal; je regagne Neuilly, à pied le plus souvent. Les boulevards sont à demi éclairés et animés : les Champs- Elysées fort peu, et, passé les grilles de la Porte- MaiUot, je trouve la plus noire solitude. Dans ce long parcours, chaque fois j'éprouve la même émotion de voir devenue si grave la figure brillante de la ville. Je sens une âïne, un véritable être, sensible, intelligent, mobile sous les vicissitudes de la guerre. C'est un foyer où les lumières sont voilées et les voix baissées, où palpite un seul cœur. Tous, nous formons une famille qui veille tard dans la nuit et qui, bien desfois jusqu'au jour, va s'éveiller attentive, angoissée, confiante que le matin nous donnera un bon « communiqué ». Dans toutes les maisons, à tous les étages, on ne vit que pour les absents, pour leur demander de vaincre. Paris, le cœur battant et le » visage calme, s'inquiète de ses fils, s'en enorgueillit et les remercie.
Mais eux ! c'est la merveille éblouissante : ils sont gais ! Jamais l'esprit de Paris n'a étincelé si vif et si haut. Seulement, c'est un feu d'artifice qui se tire hors des murs, sur l'Oise, sur l'Aisne, dans la Woëvre. Quelles lettres nos enfants nous envoient de l'armée ! Un perpétuel éclat de rire. Les nobles garçons! Ils sont jeunes et braves ; ils veulent nous «mpêcher de nous attendrir et de nous inquiéter. Et puis ils ont une santé d'âme, une qualité de sensi-
bilité tout aristocratique, au sens profond du mot. Ils se possèdent avec aisance, ils ont, chose divine, de la mesure dans le moment même de la plus grande tension de leurs énergies. Ecoutez ces quelques phrases que je tire d'une lettre écrite en Alsace, après la reprise de Mulhouse. Pas un mot sur les duretés de sa vie, rien qu'une petite anthologie de ses plaisirs! Il s'agit d'apporter au foyer familial des images heureuses. Ce fils explique à sa mère qu'il vient d'assister à une messe dans un village où l'église bombardée n'a plus de toit, où les Alsaciennes en costume avaient de charmants visages, et il résume la situation tout simplement : « Je fais un bien joli voyage. Je ne connaissais pas l'Alsace ; c'est un pays ravissant et qui vaut bien la peine que nous nous donnons pour lui. »
Voilà le vrai ton des héros, le ton faiseur de calme que nos soldats trouvent dans leurs âmes solides et élégantes. Une telle qualité du sentiment et de l'expression, un goût si parfait, un Allemand ne peut pas les comprendre. Il faut, pour sentir ainsi, appartenir à la communauté humaine qui a donné aux plus hauts concepts de force les nobles et divines formes que l'on voyait sur la basilique de Reims.
Voilà les fils de Paris, voilà nos garçons, capables de réagir d'une manière quasi surnaturelle au milieu de périls qui feraient frémir la nature primitive. Nous avons des enfants auprès desquels le peuple allemand est une bête malfaisante. Il faut en tirer une conclusion pratique. 11 ne suffit pas que, grandi par le spectacle des armées de la France où il compte toute
sa jeunesse, Paris se soit haussé à un degré supérieur de l'âme ; il faut que ce sentiment s'achève dans une pensée claire et utile. ^
Quelques-uns voudraient profiter d'un état d'esprit héroïque des êtres pour y déposer et faire germer leurs semences malfaisantes, leurs graines de chimères. Mais les vrais héros sont gens de bon sens. Les folies qu'on nous propose, que l'on jette aux quatre vents, tomberont sur notre nation comme sur un rocher; elles y demeureront stériles. Une série de faits établissent l'infériorité morale de la nation allemande. Chacun comprend qu'il est impossible de tolérer des armes entre les mains de qui se place trop bas dans l'échelle de l'humanité. Ce serait une imprudence criminelle de laisser désormais se concerter les membres d'une race encore informe, toute méchante, et qui se vante de jeter àterre les autres nations. Les alliés imposeront à cette bête formidable des entraves jusqu'à ce que, domptée dans le brancard, elle se soumette aux lois delà civilisation. Les Allemands ont proclamé leur prétention de « rompre les os » de notre peuple, « afin qu'avant un siècle il ne puisse pas se relever. » A ces malfaiteurs, il faut mettre les menottes, pour que les petits-flls de nos fils bénéficient encore des immenses sacrifices d'aujourd'hui.
Après ce que nous avons vu de l'excellence de l'organisation allemande, il nous est impossible de rien en laisser subsister. Nous ne discuterons pas avec eux ; les alliés les auront à leur merci et referont la carte politique de l'Europe centrale. Qui parle d'amitié? C'est avec Londres, Bruxelles et
Pétrograd que l'intérêt du salut public et tous les sentiments sacrés d'honneur et de fraternité des armes nous lient. La pensée unanime de Paris s'accorde avec la pensée de ces trois villes sœurs pour exiger un règlement de la question germanique et qui laisse enfin respirer l'univers.