‹ Pages choisies; notice sur la vie et la doctrine de Comte et commentaires reliant les divers morceauxChapitre 32 sur 46 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

La morale

[Dès l'époque du Discours sur fensemble du positivisme, Comte fait de la morale une septième et dernière science qui apprend à l'individu à connaître, aimer et servir le Grand Être, c'est-à-dire l'humanité. Selon son expression, il transfère à la morale la présidence encyclopédique jusqu'alors accordée à la sociologie proprement dite (1).]

(1) Syst. de pol. pos., l. IV. Préambule'général.

§ 1^'. La morale dans la hiérarchie scientifique

Le Prêtre. . . Vous concevez ainsi pourquoi je place au sommet de l'échelle encyclopédique la Morale ou la science de l'homme individuel. Puisque le Grand-Être (1) ne fonctionne jamais que par des organes finalement personnels, il faut d'abord étudier surtout ceux-ci, pour qu'il en soit convenablement servi pendant leur existence objective, d'où dépendra leur influence subjective. C'est ainsi que le positivisme consolide irrévocablement le précepte fondamental de la théocratie initiale : Connais-toi pour {améliorer. Le principe intellectuel y concourt avec le motif social. En effet, la plus utile de toutes les sciences en est aussi la plus complète, ou plutôt la seule complète, puisque ses phénomènes comprennent subjectivement tous les autres, quoiqu'ils leur soient, par cela même, objectivement subordonnés. Le principe fondamental de la hiérarchie théorique fait donc prévaloir directement le point de vue moral comme le plus compliqué et le plus spécial.

Mais là cesse nécessairement la conformité philosophique entre le positivisme et le théologisme. Celui-ci toujours préoccupé des causes, livrait immédiatement les études morales aux principes surnaturels d'après lesquels il expliquait tout. Suscitant ainsi des observations purement intérieures, il consacrait la personnalité d'une existence qui, liant directement chacun à une puissance infinie, l'isolait profondément de l'humanité. Au contraire, le positivisme, ne cherchant jamais que la loi pour mieux diriger l'activité, toujours essentiellement sociale, fait reposer la science morale sur l'observation des autres beaucoup plus que de soi-même, afin d'établir des notions à la fois réelles et utiles. On sent alors l'impossi-

(1) Comte entend par là l'Humanité. On verra plus loin {Positivisme religieux) la théorie complète du Grand-Être.

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bilité d'aborder convenablement une telle étude sans avoir d'abord apprécié la Société. A tous égards, chacun dépend sans cesse de l'humanité, surtout quant à nos plus nobles fonctions, toujours subordonnées aux temps et aux lieux où nous vivons, comme vous le rappellent les beaux vers de Zaïre :

J'eusse été près du Gange, esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux.

Voilà comment la morale, connue comme notre principale science, institue d'abord la sociologie dont les phénomènes sont à la fois plus simples et plus généraux, suivant l'esprit de toute la hiérarchie positive.

La Femme. — Laissez-moi, mon père, vous retenir un moment sur ce premier pas, afin d'y résoudre la contradiction qu'il me semble offrir entre ces deux conditions de votre classement. Car la complication me paraît ici croître avec la généralité. J'ai toujours jugé le point de vue moral plus simple que le point de vue social.

Le Prêtre. — Cela ne tient, ma fille, qu'à ce que vous avez jusqu'ici procédé plutôt par sentiment que par raison; la morale devant être davantage un art qu'une science pour votre sexe. S'il fallait comparer la multiplicité des cas, celle des individus vous paraîtrait supérieure à celle qui vous préoccupe entre les peuples. Mais en se bornant à la propre complication, vous oubliez que la science morale, outre toutes les influences que considère la science sociale, doit apprécier aussi des impulsions que celle-ci peut écarter comme presque insensibles. Ce sont les intimes réactions qui s'exercent toujours, suivant des lois trop peu connues encore entre le physique et le moral de l'homme. Malgré leur grande efficacité personnelle, la sociologie n'en tient pas un compte spécial, parce que leurs résultats, opposés chez les divers individus, se détruisent essentiellement envers les peuples. Au contraire, toute appréciation morale qui les négligerait nous exposerait aux plus graves méprises, en attribuant

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à l'âme ce qui provient du corps, ou réciproquement, comme vous le voyez journellement (1) ».

[Ainsi la morale dépend tout aussi étroitement de la biologie que de la sociologie. La philosophie positive ayant pour but l'éducation finale de l'humanité, la morale se confond avec l'art politique.]

§ 2. Za morale et la politique

Le positivisme se compose essentiellement d'une philosophie et d'une politique, qui sont nécesssairement inséparables, comme constituant l'une la base et l'autre le but d'un même système universel, où l'intelligence et la sociabilité se trouvent intimement combinées. D'une part, en effet, la science sociale n'est pas seulement la plus importante de toutes; mais elle fournit surtout l'unique lien, à la fois logique et scientifique, que comporte désormais l'ensemble de nos contemplations réelles (2). Or, cette science finale, encore plus que chacune des sciences préliminaires, ne peut développer son vrai caractère sans une exacte harmonie générale avec l'art correspondant. Mais, par une coïncidence nullement fortuite, sa fondation théorique trouve aussitôt une immense destination pratique, pour présider aujourd'hui à l'entière régénération de l'Europe Occidentale. Car, d'une autre part, à mesure que le cours naturel des événements caractérise la grande crise moderne, la réorganisation politique se présente de plus en plus comme nécessairement impossible sans la reconstruction préalable des opinions et des mœurs. Une systématisation réelle de toutes les pensées humaines constitue donc notre premier besoin social, également relatif à l'ordre

(1) Catéchisme positiviste (éd. Garnier, 1909), p. 93-95 et et. Syst. de pol. pos., t. IV, p. 181-19 .

(2) L'établissement de ce grand principe constitue le résultat le plus essentiel de mon Système de philosophie positive. (Note de Comte.)

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et au progrès. L'accomplissement graduel de cette vaste élaboration philosophique fera spontanément surgir, dans tout l'Occident, une nouvelle autorité morale, dont l'inévitable ascendant posera la base directe de la réorganisation finale, en liant les diverses populations avancées par une même éducation générale, qui fournira partout, pour la vie publique comme pour la vie privée, des principes fixes de jugement et de conduite. C'est ainsi que le mouvement intellectuel et l'ébranlement social, de plus en plus solidaire, conduisent désormais l'élite de l'humanité à l'avènement décisif d'un véritable pouvoir spirituel, à la fois plus consistant et plus progressif que celui dont le moyen âge tenta prématurément l'admirable ébauche.

Telle est donc la mission fondamentale du positivisme, généraliser par la science réelle et systématiser l'art social (1).

§ 3. Principes de la morale positiviste

[Ils peuvent se résumer dans l'efTort pour faire prédominer l'altruisme sur l'égoïsme. Vivre pour autrui, est une des maiximes fondamentales du positivisme pratique.]

« Afin de mieux caractériser la destination sociale du positivisme, je me trouve ainsi conduit à indiquer sommairement son aptitude à systématiser définitivement la morale universelle, ce qui constitue le but de la philosophie et le point de départ de la politique. Tout pouvoir spirituel devant surtout être jugé d'après une telle attribution, rien ne peut mieux manifester la supériorité naturelle de la spiritualité positiviste sur la spiritualité catholique.

Le positivisme conçoit directement l'art moral comme consistant à faire, autant que possible, prévaloir les ins-

(1) Dise, sur l'ensemble du pos. Préambule général.

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tincts sympathiques sur les impulsions égoïstes, la sociabilité sur la personnalité. Cette manière d'envisager l'ensemble de la morale est propre à la nouvelle philosophie, qui seule systématise les progrès accomplis chez les modernes dans la vraie théorie de la nature humaine, si imparfaitement représentée par le catholicisme.

D'après le principe nécessaire de la biologie quant à la prépondérance fondamentale de la vie organique sur toute vie animale, la sociologie explique aussitôt l'ascendant spontané des sentiments personnels, toujours plus ou moins relatifs à l'instinct conservateur. Mais elle concilie directement cette inévitable suprématie avec l'existence continue des affections bienveillantes, que la théorie catholique représentait comme étrangères à notre constitution, et seulement inspirées par une grâce surhumaine qui ne comportait aucune loi. Le grand problème consiste donc à investir artificiellement la sociabilité de la prépondérance que possède naturellement la personnalité. Sa solution repose sur un autre principe biologique, le développement des fonctions et des organes par l'exercice habituel, et leur tendance à s'atrophier par l'inaction prolongée. Or, notre existence sociale provoque nécessairement l'essor continu des instincts sympathiques, tandis qu'elle comprime celui des penchants personnels, dont la libre activité empêcherait bientôt tous les contacts mutuels. Les premiers compensent donc, à un certain degré, leur infériorité native par leur aptitude spontanée à une extension presque indéfinie; et l'ascendant naturel des seconds se trouve plus ou moins contenu d'après une inévitable résistance. Ces deux tendances permanentes s'accroissent naturellement à mesure que l'humanité se développe, et leur double progrès fournit la principale appréciation de notre perfectionnement graduel. Une sage intervention systématique, à la fois privée et publique, peut améliorer beaucoup cet ordre spontané, en augmentant les influences favorables et diminuant leurs antagonistes. Tel est le but de l'art moral, qui d'ailleurs a, comme tout autre, d'inévitables limites, quoique les

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siennes doivent être moins étroites, puisque les phénomènes y sont plus modifiables, en vertu de leur complication supérieure.

Ainsi, la morale positive se distingue, non seulement de la morale métaphysique, mais aussi de la morale théologique, en prenant pour principe universel la prépondérance directe du sentiment social. Elle représente le bonheur humain, tant privé que public, comme consistant surtout dans le plus grand essor possible des affections bienveillantes, qui sont à la fois les plus douces à éprouver et les seules dont l'expansion puisse être simultanée chez tous les individus. Cette doctrine, aussi profonde et pure qu'elle est simple et vraie, ne pouvait émaner que d'une philosophie déjà conduite, en vertu de sa réalité caractéristique, à systématiser enfin la prépondérance mentale du point de vue social, seul susceptible de rallier toutes nos spéculations positives.

Dans l'état positif, au contraire, l'aptitude morale est directement inhérente à la doctrine, et peut se développer beaucoup aussitôt que les convictions s'établissent, avant qu'aucune discipline spirituelle se trouve instituée, sans toutefois que cette propriété doive dispenser d'une telle organisation. Tandis que la morale systématique acquiert ainsi une consistance jusqu'alors impossible en se liant profondément à l'ensemble des connaissances réelles, la morale spontanée tend directement à dominer toute l'existence humaine, individuelle ou collective, sous l'impulsion immédiate et continue du sentiment social (1).

§ 4. Les divisions de la morale individuelle, familiale, sociale

Sous le premier aspect, la morale positive, convenablement organisée, comportera certainement beaucoup plus d'efficacité morale que n'a pu jamais en obtenir, même à l'état monothéique, la morale religieuse, malgré les puis-

(t) Discours sur l'ensemble du pos., p. 97-99.

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sants moyens dont elle a disposé. Outre que l'appréciation individuelle de chaque système de conduite est, en ce cas, plus directe et plus facile, ce degré initial sera dès lors habituellement envisagé sous son aspect véritable, non plus seulement quant à son utilité privée, mais comme base primordiale de tout le développement moral et, à ce titre, radicalement soustrait à l'arbitrage de la prudence personnelle, pour être désormais pleinement incorporé à l'ensemble des prescriptions publiques. Une saine appréciation de notre nature, où d'abord prédominent nécessairement les penchants vicieux ou abusifs, rendra vulgaire l'obligation unanime d'exercer, sur nos diverses inclinations, une sage discipline contenue, destinée à les stimuler et à les contenir suivant leurs tendances respectives. Enfin la conception fondamentale, à la fois scientifique et morale, de la vraie situation générale de l'homme comme chef spontané de l'économie réelle, fera toujours nettement ressortir la nécessité de développer sans cesse par un judicieux exercice, les nobles attributs, non moins affectifs qu'intellectuels, qui nous placent à la tête de la hiérarchie vivante. Le juste orgueil que devra susciter le sentiment continu d'une telle prééminence ... ne saurait d'ailleurs déterminer aucune dangereuse apathie. . . Il en résultera seulement une noble audace à développer en tous sens la grandeur de l'homme, à l'abri de toute terreur oppressive et sans reconnaître jamais d'autres limites que celles qui nous impose l'irrésistible ensemble de l'ordre réel, qu'il faut d'ailleurs chercher à modifier le plus possible à notre avantage d'après son exacte appréciation continue (1).

En ce qui concsrne la morab domestique et sociale, l'attitude du positivisme se révèle avec la même vigueur.

« C'est surtout envers l'union domestiqué, où l'appréciation sociologique se confond presque avec l'apprécia-

(1) Cours VI, 529-530.

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tion biologique, qu'on fera le plus aisément sentir combien les rapports sociaux sont profondément naturels, puisqu'ils se rattachent ainsi au mode d'existence propre à toute la partie supérieure de la hiérarchie animale, dont l'humanité offre simplement le plus complet développement, en harmonie avec son universelle prééminence...

Pendant que l'esprit positif consolidera systématiquement les grandes notions morales qui se rapportent à ce premier degré d'association, il fera directement ressortir la prépondérance croissante de la vie domestique pour l'immense majorité de l'humanité, à mesure que la sociabilité moderne se rapproche davantage de son état normal. L'enchaînement naturel qui, sauf quelques rares anomalies individuelles, érige toujours, et à tous égards, l'existence domestique en préambule indispensable de l'existence sociale, sera donc ainsi finalement garanti contre toute sophistique altération.

Appréciée, en troisième lieu, envers la morale sociale proprement dite, la philosophie positive y développera, encore plus évidemment que dans les deux autres cas, sa haute aptitude organique.

. . . Aucun sentiment quelconque n'étant pleinement développable, sans un exercice spécial et permanent, surtout s'il est naturellement peu prononcée, on doit donc regarder le sens moral, dont le degré social constitue seulement la plus complète manifestation, comme ayant été jusqu'ici imparfaitement ébauché par une culture indirecte et factice.

Quand une véritable éducation aura convenablement familiarisé les esprits modernes avec les notions de solidarité et de perpétuité que suggère spontanément, en tant de cas, la contemplation positive de l'évolution sociale, on sentira profondément l'intime supériorité morale d'une philosophie qui rattache chacun de nous à l'existence totale de l'humanité, envisagée dans l'ensemble des temps et des lieux : la religion, au contraire, ne pouvait au fond reconnaître que des individus passagèrement réunis, tous absorbés par une destination purement personnelle,

et dont la vaine association finale, reléguée au ciel, ne devait offrir à l'imagination humaine qu'un type radicalement stérile, faute d'aucun but saisissable. La restriction même de toutes nos espérances à la vie réelle, individuelle ou collective, peut aisément fournir, sous une sage direction philosophique, de nouveaux moyens de mieux lier l'essor privé à la marche universelle, dont la considération graduellement prépondérante, constituera dès lors la seule voie propre à satisfaire autant que possible ce besoin d'éternité, toujours inhérent à notre nature. Par exemple, le respect scrupuleux pour la vie de l'homme, qui a toujours augmenté à mesure que notre sociabilité s'est développée, ne peut certainement que s'accroître beaucoup d'après l'extinction générale d'un espoir chimérique, dont la préoccupation continue dispose si aisément à déprécier aux yeux de tous chaque existence présente, toujours si accessoire en raison de la perspective finale. Malgré les déclamations rétrogrades des diverses écoles religieuses, la philosophie positive, convenablement étendue jusqu'aux phénomènes sociaux qui doivent caractériser sa pricnipale attribution, se présente donc à tous égards, comme plus apte qu'aucune autre, à seconder l'essor naturel de la sociabilité humaine. . .

D'après cette triple aptitude fondamentale, la morale positive tendra de plus en plus à représenter familièrement le bonheur de chacun comme surtout attaché au plus complet essor des actes bienveillants et des émotions sympathiques envers l'ensemble de notre espèce, et même ensuite par une indispensable extension graduelle, à l'égard de tous les êtres sensibles qui nous sont subordonnés, proportionnellement d'ailleurs à leur dignité animale et leur utilité sociale.

Avant que l'avenir ait dignement réalisé l'essor universel de ces éminents attributs moraux propres à la philosophie positive, c'est aux vrais philosophes, précurseurs naturels de l'humanité , qu'il rppartient déjà de les constater hautement, aux yeux de tous, par la supériorité

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soutenue de leur conduite effective, personnelle, domestique et sociale, contrairement à la pernicieuse maxime métaphysique qui voudrait aujourd'hui dogmatiquement interdire toute publique appréciation de la vie privée (1).

[Cette dernière remarque est une application de la maxime : vivre au grand jour, complément de celle que nous citions plus haut, vivre pour autrui et familières toutes deux à Comte.]

§ 5. La culture morale. L'éducation morale

[Elle doit se faire par une éducation morale fondée sur la raison et sur le sentiment, et par l'action morale du pouvoir spirituel qui distribuera l'éloge et le blâme.]

« Quant à l'éducation morale proprement dite, le régime positif la fonde à la fois sur la raison et sur le sentiment, mais en y accordant toujoui-s à celui-ci la prépondérance conforme au principe fondamental de la nouvelle philosophie.

Sous le premier aspect les préceptes moraux se trouveront ainsi ramenés enfin à de véritables démonstrations, susceptibles de surmonter toute discussion, d'après la vraie connaissance de notre nature personnelle et sociale, dont les lois permettent d'apprécier exactement dans la vie réelle, privée ou publique, l'influence quelconque, directe ou indirecte, spéciale ou générale de chaque affection, pensée, action et habitude. Les convictions correspondantes peuvent devenir aussi profondes que celles qu'inspirent aujourd'hui les meilleures preuves scientifiques, avec ce surcroît naturel d'intensité qui doit résulter de leur importance supérieure et de leur intime corrélation à nos plus nobles instincts. On n'en saurait borner l'efficacité à ceux qui auront pu sentir pleinement la validité logique de ces démonstrations. De nombreux exemples ont déjà constaté, envers tous les autres sujets

(1) Cours VI, 530-534.

positifs, que les notions admises seulement par confiance peuvent être adoptées et appliquées avec autant d'ardeur et de fermeté que celles dont on a le mieux pesé tous les motifs. Il suffit que les conditions mentales et morales de cette foi nécessaire se trouvent convenablement remplies; et souvent l'esprit moderne, malgré sa prétendue indocilité, s'est soumis trop aisément. Cet assentiment volontaire que nous voyons accorder chaque jour aux règles quelconques des arts mathématiques, astronomiques, physiques, chimiques et biologiques, même quand les plus grands intérêts s'y trouvent affectés, s'étendra certainement aux règles morales, quand elles seront reconnues susceptibles aussi de preuves irrécusables.

Mais, en développant, à un degré jusqu'alors impossible, la puissance de la démonstration, la nouvelle philosophie évitera toujours d'exagérer son importance pour l'éducation morale, qui doit surtout dépendre du sentiment, même quand elle devient systématique. Quelques saines que soient désormais de telles études, leur point de vue ne saurait être directement moral, puisque chacun y appréciera nécessairement la conduite d'autrui plutôt que la sienne, suivant les conditions d'impartialité et de netteté propres à la contemplation vraiment scientifique, qui doit toujours rester objective et non subjective. Or, une telle appréciation extérieure, sans aucun retour immédiat sur soi-même, peut déterminer des convictions réelles, mais elle ne tend point à développer de vrais sentiments dont, au contraire, elle troublerait ou suspendrait l'exercice spontané, si elle prenait trop d'ascendant habituel. Mais cet excès ne saurait jamais être redouté chez les nouveaux directeurs moraux de l'humanité, par cela même qu'il se trouve directement contraire à cette connaissance approfondie de la vraie nature humaine qui déjà place le positivisme fort au-dessus du catholicisme. Ainsi, le régime positif verra toujours, mieux qu'un autre, la principale source de la morale réelle dans l'essor directe à la fois spontané et systématique, du sentiment social,

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