MORALE ET ÉDUCATION
^ 2. Le programme de Véducation positiviste
[C'est surtout l'éducation populaire que Comte envisage ; la préoccupation morale y domine.]
J'ai directement indiqué déjà la coordination finale de la morale universelle, pour caractériser le principal office du nouveau pouvoir spirituel. C'est pourquoi je dois ici me borner à signaler sa haute prépondérance, d'abord spontanée, puis systématique, dans tout le cours de l'éducation positive, et la manière dont elle s'y trouve spontanément liée au système entier des connaissances réelles.
Une telle éducation, comme l'existence qu'elle doit préparer, subordonnera toujours l'intelligence à la sociabilité, en prenant celle-ci pour but et l'autre pour moyen. Elle est surtout destinée à disposer nos prolétaires à leur noble office social de principaux auxiliaires du pouvoir philosophique, et aussi à leur faire mieux remplir leurs fonctions spéciales.
Depuis la naissance jusqu'à la majorité, son ensemble comprend deux parties générales : l'une essentiellement spontanée, finissant à la puberté ou au début de l'apprentissage industriel, doit s'accomplir, autant que possible, au sein de la famille, sans exiger d'autres études que celles relatives à la culture esthétique; l'autre, directement systématique, consistera principalement en une suite publique de cours scientifiques sur les lois essentielles des divers ordres de phénomènes, servant de base à la coordination morale, qui fera converger toutes les préparations antérieures vers leur commune destination sociale. Au temps indiqué par une longue expé-. rience pour l'époque de l'émancipation légale, et où nos mœurs tendent à fixer le terme de l'apprentissage pratique, chaque prolétaire se trouvera ainsi préparé, d'esprit et de cœur, à son office public et privé.
Pendant cette dernière moitié de la première éducation, où prévaudra la culture de l'imagination, l'individu
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poursuivra sa propre évolution philosophqiue en s'élevant du simple fétichisme initial au vrai polythéisme, comme le fit avant lui l'espèce au même état. . . Outre l'avantage scientifique de lui rendre ainsi familier ce grand dogme positiviste, une telle sagesse réagira naturellement sur la sociabilité naissante, en disposant d'avance à sympathiser avec les nombreuses populations qui restent encore à ce degré de la vie intellectuelle.
[Le cycle éducatif durera 7 ans pendant lesquels l'enfant sera initié aux préceptes des diverses sciences fondamentales ; pendant la dernière année, il recevra l'enseignement des langues mortes. On doit faire parcourir à son esprit la marche spéculative accomplie par l'humanité même.]
L'évolution philosophique de l'individu subira graduellement, comme celle de l'espèce, sa dernière préparation, pendant ces sept années d'essor rationnel, en passant du polythéisme antérieur à un monothéisme non moins spontané, par la réaction croissante de l'esprit de discussion sur la prépondérance primitive de l'imagination. Il faudra respecter aussi cette libre transition métaphysique, où chacun rendra naïvement un dernier hommage aux conditions essentielles de l'initiation humaine. On doit reconnaître que ce régime provisoire conviendra toujours à la nature abstraite et indépendante des études mathématiques, qui absorberont les deux premières années d'un tel noviciat. Tant que la déduction prévaut sur l'induction, l'esprit demeure nécessairement enclin aux théories métaphysiques. Leur essor spontané conduira bientôt chacun à réduire sa théologie primitive à un déisme plus ou moins vague qui, pendant les études physico -chimiques, dégénérera, sans doute, en une sorte d'athéisme, finalement remplacé, sous la lumineuse impulsion des conceptions biologiques, et surtout sociologiques, par le vrai positivisme. C'est ainsi que la systématisation définitive de la morale coïncidera