FANTÔMES
Secouant sur mon front leurs Larges ailes sombres Où les étoiles d'or brillent d'un feu glacé, Les heures de La oui! <>nl évoqué les ombres Des amours endormis dans le lointain passé.
Ils ont dressé La tête, et leurs paupières mortes M'ont découverl Leurs yeux, qui remplissaient jadis Mon cœur d'illusions si douces el si fortes Que ce cœur de jeune homme élait un paradis.
Je reconnus mes plus enfantines amantes, Celles que j'adorais lorsque j'avais douze ans, El que le souvenir de ces têtes charmantes Enchantait mon sommeil de rêves innocents.
Toutes m'apparaissaient, H même les meilleures Fixaient sur moi des yeux implacablement froids : Elles me rappelaienl nos anciennes heures, Kl répélaienl les mots que j'ai dits autrefois.
Elles disaient : « Pourquoi celle extase nouvelle? » Elles disaient : « Et nous aussi, lu nous aimais, El lu rêvais de nous comme lu rêves d'elle. Il le voici di' nous séparé pour jamais !
« Puisque lu l'oublieras ((11111111' lu nous oublies, Puisque toute âme es! faillie cl s'évertue en vain A trouver l'infini dans ses mélancolies, Pourquoi t'aventurer sur un nouveau chemin ?
Va ! si l'enivremenl du songe esl Ineffable, Pense à l'amer réveil, Lorsque lu sentiras Ta passion manquer sous loi, comme le sable Qu'un marcheur du déserl seul crouler sous ses pas.
O fantômes des temps d'autrefois, fleurs fanées Dont chaque blanc pétale était un frais désir, Douloureuse moisson des premières années, Roses mortes sitôt que j'ai cru les saisir.
Lis de la frémissante aurore de ma vie, Déjà tombés dans les ténèbres de la mort, Vos parfums ont laissé mon âme inassouvie Et j'ai soif du parfum nouveau du lis du Nord !
Je ne veux pas savoir que j'ai vécu pour d'autres, Ni que le vent d'oubli doit chasser quelque jour Si", pétales fanés, comme il chasse les vôtres, Sous les bosquets déserts du jardin de l'Amour.
J'aime, et je n'ai jamais aimé. J'aime et j'espère. C'esl l'aube en moi d'un jour indiciblement pur ; El le beau lis du Nord tremble dans la lumière Du chaste, du divin, du radieux azur.
Enfin, nous terminerons par le dernier recueil du poète, qui, à partir de ce moment, laissera les vers pour la prose.
Les Aveux.
Dont nous citerons :
soirs d'ktk.
Encore un soir qui tombe, un soir qui ne m'apporte Qu'un regrel plus navrant de ma jeunesse morte. Duc ne suis-je pareil à irs noirs paysans Dont je vois les maisons éparses dans les champs, El qui, durs travailleurs, ne comptenl leurs journées Que par l'entassemenl des gerbes moissonnées? Mais, moi, le grand silence et la clarté du ciel, La ligne des coteaux l><>i^év, le lenl appel Que l'Angélus du soir jette dans la vallée, I oui me fait souvenir de ma vie en allée...
C'est par des soirs pareils... — ah! comme ils furent court s!
M;iis dans la fuite vague et morne de mes jours
Quelle place ces soirs de joie unique ont prise ! —
Elle se promenait avec sa robe grise,
Et d'invisibles fleurs avaient tout parfumé
L'air du bois où j'aimais et me croyais aimé.