A LECONTE DE LISLE
Près de Bombay, dans l'Inde, une tour isolée
Se dresse, calme, haute et de palmiers voilée.
C'est la tour des Pàrsis, adorateurs du feu ;
Et dans le vaste ciel éblouissant et bleu,
Par-dessus cette tour et ces palmiers tournoie,
Vol sinistre, un millier de grands oiseaux de proie.
Le voyageur s'arrête et devine des morts.
Là des Pârsis défunts sont exposés les corps,
Sur la tour, protégés par de rudes grillages,
Et de telle façon que les oiseaux sauvages,
En dépeçant les chairs laissent les ossements ;
Et plus bas, l'Océan berce ses Ilots dormants,
Tout brûle, et l'on peut voir sur les vagues croulantes
Des bandes de poissons voler, étincelantes.
Votre œuvre grandiose est comme cette tour,
0 maître ! — Vous sentez un rêve chaque jour
Agoniser au fond de votre âme muette.
Mais vous êtes trop fier, ô sublime poète,
Pour étaler ces morts adorés sous les yeux
De la foule aux regards ardents et curieux.
Vous les portez là-haut vers le beau ciel immense,
Et rien ne marque plus leur funèbre présence
Qu'un monument qu'enserre une âpre frondaison
Et qu'un vol de puissants oiseaux sur l'horizon.
Le troisième volume de vers de Paul Bourget est plutôt un petit roman en vers ; c'est
Edel.
Journal d'un artiste.
Le chapitre que nous en donnons montrera l'état d'âme de l'écrivain et l'angoisse de son esprit :