VI ÉTUDE BIOGRAPHIQLE ET LITTERAIRE
buste trop soigné en serre, trop garantijJrojD ignorant des halliers et des ronces ».
Il était timide et réservé comme une petite fille. Il était très pieux, appartenant, nous l'avons dit, à , une famille protestante très austère, et jamais petit ) èlrc n'eut une conscience plus timorée que la sienne. / A propos de tout, c'étaient des excès de scrupules qui, souvent incompris de ceux qui l'aimaient le plus, lui rendaient le cœur très gros. A cette époque, si on lui demandait ce qu'il voulait être dans l'avenir, sans hésiter il répondait : « Je serai pasteur ». Puis, par je ne sais quelle transformation, lente ou subite, sa vocation de pasteur devint une vocation plus militante de missionnaire. C'étaient bien les lointains voyages, la vie aventureuse et sans cesse risquée, un je ne sais quoi de tourmenté et de tout à fait impossible à démêler encore, qui troublaient déjà cette âme de sensitive, ce frêle organisme nerveux que l'obscurité de la nuit tombante affectait comme un malaise. Cet enfant rêvait déjà de voyages féeriques, de plages ensoleillées et de forêts primitives.
La rêverie, chez lui si fertile, ne devait-elle pas'\ s'éveiller rapidement dans ce tranquille petit coin dey province, où la promenade méditative occupait laj plus grande part? Déjà du côté de l'ouest, au bout des lointains, il cherchait des yeux la mer, attirante à la longue comme un grand aimant patient, sûr de sa puissance et pouvant attendre. Cet isolement était propre à développer, par une concentration salutaire, cette faculté, non seulement de rêver, mais de voir et de réfléchir qui constitue le poète, La vie trop active des familles parisiennes eût peut-