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LE SUPPLICE DU SEL

Le supplice du sel, de tradition fori ancienne au Maroc, nous fait songer aux tortures en usage pendant tout ce moyen âge qui, en fait de supplices, avait l'imagination si inventive. Il faut remarquer, du reste, que cet empire du Moghreb est encore en plein moyen âge, et que notre simple guillotine serait, aux yeux de ces hommes restés primitifs, un châtiment tout à fait anodin.

C'est le barbier du sultan qui en est chargé. Dans un lieu public, sur la place du marché de préférence, on lui amène le coupable garrotté solidement. Avec

un rasoir, il lui taille à l'intérieur de chaque main, dans le sens de la longueur, quatre fentes jusqu'à 1 os. En étendant la paume, il fait ensuite bâiller le plus possible les lèvres de ces coupures saignantes, et les remplit de sel. Puis il referme la main ainsi déchiquetée, introduit le bout de chaque doigt replié dans chacune des fentes, et, pour que cet arrangement atroce dure jusqu'à la mort, coud pardessus le tout une sorte de gant bien serré, en peau de bœuf mouillée qui se rétrécira encore en séchant. La couture achevée, on ramène le supplicié dans son cachot, où, par exception, on lui donne à manger, pour que cela dure. Dès le premier moment, en plus de la souffrance sans nom, il a cette angoisse de se dire que ce gant horrible ne sera jamais retiré, que ses doigts engourdis dans la plaie vive n'en sortiront jamais, que personne au monde n'aura pitié de lui, que ni jour ni nuit il n'y aura trêve à ses crispations ni à ses hurlements de douleur. — Mais le plus effroyable, à ce qu'il paraît, ne survient que quelques jours plus tard, quand les ongles, passant au travers de la main, entrent toujours plus avant dans cette chair fendue... Alors la fin est proche : les uns meurent du tétanos, les autres parviennent à se briser la tête contre les murs...

(Au Maroc.)

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