Danse soudanienne
des cérémonies religieuses, ^t, après leur mort, des lieux de sépulture.
Ils ont des romances plaitives, aux paroles vagues et mystérieuses ; — des chants héroïques, qui tiennent de la mélodie par leur monotonie, de la marche guerrière par leur lytlime scandé et nerveux; des airs de danse pleins de frénésie.... Mais, dans toute cette musique noire, la mélodie se ressemble; comme chez les peuples très primitifs, elle est composée de phrases courtes et tristes, sortes de gammes plus ou moins accidentées, qui partent des notes les plus hautes de la voix humaine et descendent brusquement jusqu'aux extrêmes basses, en se traînant ensuite comme des plaintes.
Les négresses chantent beaucoup en travaillant, ou pendant ce demi-sommeil nonchalant qui compose leur sieste. Au milieu de ce grand calme de midi, plus accablant là-basque dans nos campagnes de France, ce chant des femmes nubiennes a son charme à lui, mêlé à l'éternel bruissement des sauterelles. — Mais il serait impossible de le transporter hors de son cadre exotique de soleil etde sable; entendu ailleurs, ce chant ne serait plus lui-même.
Autant la mélodie semble primitive, insaisissable à force de monotonie, autant le rythme est difficile et compliqué. — Ces longs cortèges de noces qu'on rencontre la nuit, cheminant lentement sur le sable, chantent, sous la conduite de griots, des chœurs d'ensemble d'une allure bien étrange, dont l'accompagnement est un contre-temps persistant, et qui semblent hérissés, comme à plaisir, de difficultés rythmiques et de bizarreries.
Un iDstrument très simple, et réservé aux femmes, remplit dans cet ensemble un rôle important : c'est seulement une gourde allongée, ouverte à l'une de ses extrémités, — objet qu'on frappe de la main, tantôt à l'ouverture, tantôt sur le flanc, et qui rend deux sons différents : l'un sec et l'autre sourd ; on n'en peut tirer rien de plus, et le résultat ainsi obtenu est cependant surprenant. — Il est difficile d'exprimer l'effet sinistre, presque diabolique, d'un bruit lointain de voix nègres, à demi couvertes par des centaines de semblables instruments.
Un contretemps perpétuel des accompagnateurs, et des syncopes inattendues, parfaitement comprises et observées par tous les exécutants, sont les traits les plus caractéristiques de cet art, — inférieur peut-être, mais assurément très différent du nôtre, que nos organisations européennes ne nous permettent pas de parfaitement comprendre.
(Le Roman d'un Spahi.)