LA MUSIQUE ET LES GRIOTS
Loti nous donne des renseignenienls fort curieux sur la musique soudanienne — 1res dilTérenle de la nôtre — que
nos organisations européennes ne nous permettent guère de comprendre; sur les ^rîo<^, ou chanteurs ambulants, qui vont — insouciantes cigales noires — chanter de village en village leurs romances plaintives ou leurs airs de danse pleins de frénésie. Ils nous rappellent un peu, ces musiciens du Soudan, nos ménestrels du moyen âge, qui allaient, eux aussi, chanter et réciter leurs vers de ville en ville, de châ teau en château.
L'art de la musique est confié, dans le Soudan, à une caste d'hommes spéciaux, appelés griots, qui sont, de père en fils, musiciens ambulants et compositeurs de chants héroïques.
C'est aux griots que revient le soin de battre le tam-tam pour les bamboulas ', et de chanter, pendant les fêtes, les louanges des personnages de qualité.
Lorsqu'un chef éprouve le besoin d'entendre exalter sa propre gloire, il mande ses griots, qui viennent s'asseoir devant lui sur le sable, et composent sur-le-champ, en son honneur, une longue série de couplets officiels, accompagnant leur aigre voix des sons d'une petite guitare très primitive, dont les cordes sont tendues sur des peaux de serpent.
Les griots sont les gens du monde les plus philosophes et les plus paresseux; ils mènent la vie errante et ne se soucient jamais du lendemain. — De village en village, ils s'en vont, seuls ou à la suite des grands chefs d'armée, — recevant par-o par-là des aumônes, traités partout en parias, comme en Europe les gitanos; — comblés quelquefois d'or et de faveurs; — exclus, pendant leur vie.