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L'OUED-EL-AIN

Une fraîche oasis, un coin de paradis, dans le désert arabique. Au fond de la Vallée de la Fontaine (Oued-el-Aïn), court une eau vive, claire comme un pur cristal, dans des bassins de granit rose qui ont le poli du marbre travaillé, et dont le fond transparaît comme celui des artificielles piscines creusées dans les palais d'Orient pour les ablutions des sultanes.

... Sur le soir, nous arrivons à la « Vallée de la Fontaine » (rOued-el-Aïn),où nous devons camper.

C'est la première oasis depuis que nous marchons dans le désert, et elle nous parait un lieu enchanté, quand elle s'ouvre tout à coup, comme un décor qui change, entre deux hauts portants de montagne. Elle est enfermée, murée splendidement par les granits, qui ont reparu là, semblables à ceux du Sinaï, mais plus rouges encore. Au fond et au milieu, s'élève, comme un temple, comme une pagode indoue, une étrange fantaisie géologique, une gigantesque pyramide régulière, flanquée presque symétriquement de clochetons et de tourelles. La base en est d'une couleur si intense qu'on la dirait frottée de sang, tandis que le sommet, d'un granit spécial sans doute, pâlit et tourne au jaune de soufre.

Sur la rougeur sombre de tous ces grands rochers, se détachent des bouquets de palmes d'un vert trop intense et presque bleu, les uns en touffes épaisses sur le sol, les autres s élançant sur de longues tiges penchées. Et des lamarins, et des roseaux, et de l'eau courante qui bruit sur les pierres! Nos chameaux altérés crient vers l'eau fraîche, courent y tremper avidement leurs têtes chaudes. Et nous, après ces jours de visions funèbres, enivrés tout à coup par la splendeur de cet Eden caché, nous campons joyeusement dans ce triple cirque de rochers sanglants parmi les belles verdures bleues.

C'est le matin, le lumineux matin, et j'explore au hasard l'oasis charmante où notre petite ville de toile blanche va demeurer bâtie pour un ou deux jours. Au plus creux de la vallée coule une eau vive et claire, dans des bassins de granit rose qui ont le

poli du marbre travaillé et qui sont sans une plante, sans une algue, dont le fond transparaît comme celui des artificielles piscines pour les ablutions de sultanes ou de houris. Elle court, l'eau rare, l'eau précieuse, tantôt dissimulée aux derniers replis roses des bassins, tantôt s'épanchant sur sa route en petits marécages sablonneux où croissent les roseaux, les tamarins et les palmiers superbes éployés en panaches bleus.

On admire en passant chacun de ces jardins sauvages. Puis le petit recoin paradisiaque tout à coup vous est masqué derrière les blocs des granits énormes, et on ne voit plus, pour un temps, que les pierres polies où l'eau s'enferme , — jusqu'au moment où le miracle recommence, à quelque détour, et un autre bocage enchanté survient. Le ciel naturellement est d'une limpidité de cristal, comme un ciel d'Eden doit être. Et des oiseaux chantent dans les palmes; des libellules tremblent, posées sur les joncs; des reflets de soleil, malgré les roches surplombantes, se glissent et viennent danser par places au fil de l'eau remuée.

Dans un bassin profond aux parois adoucies, qui semble quelque somptueux sarcophage de roi, j'arrête ma promenade pour me baigner; alors, levant les yeux, j'aperçois de grandes bêtes à tournure antédiluvienne, penchées tout au bord des escarpements d'en haut en me regardant, le cou tendu, d'un air d'intime connaissance : nos dromadaires, qui sans doute réfléchissent au moyen de descendre jusqu'à l'eau convoitée, et qui peut-être aussi goûtent, à leur manière, le matin suave.

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Dans l'oasis, on peut circuler partout en babouches légères ou pieds nus; les granits ont été usés si longuement par les siècles tranquilles, qu'à présent ils sont partout sans arêtes vives, luisants et doux. Ou bien, c'est du sable fin, où Ton marche comme sur du velours, ajoutant des traces humaines aux traces des panthères et des gazelles. Du reste, dans cette contrée du monde où sont inconnues la pluie, la fumée, la poussière et la sueur, on ne salit jamais ses vêtements; on peut n'importe où marcher ou s'étendre sur le sol sec et propre, sans tacher les longs voiles de laine blanche dont on s'habille — et sous lesquels passent le soleil ou les vivifiantes brises, pour durcir et bronzer les poitrines.

Il y a une paix spéciale, une incomparable paix dans cette oasis non profanée, que de tous côtés l'immense désert mort environne et protège.

Un seul moment d'agitation dans la journée — à propos d'un serpent de grande taille qui s'est montré dans un palmier. Nos Bédouins, qui Font vu autrement que nous, affirment qu'il avait deux têtes, que par conséquent c'était Barkil, roi des serpents, et qu'il est nécessaire de le tuer. Alors ils font une battue inutile, à coup de pierres, dans les belles palmes emmêlées.

{Le Désert,)

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