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UN CORTÈGE FUNÈBRE

Ce livre vous donne la sensation d'un rêve d'art capricieux, mais d'un rêve qui garderait la réalité de la vie. Ce Japon est bien le pays des petites choses, maniérées, trop gracieuses, trop apprêtées, où tout se drôlatise, où un éclat de rire est au fond de tout — jusque dans ce cortège funèbre suivi par des mousmés qui minaudent sous leurs parasols et étoufTent des envies de rire.

... Voici maintenant un cortège, qui nous arrive du bout de la rue là-bas, quelque chose comme un enterrement. Des bonzes marchent en tête vêtus de robes en gaze noire, — un air de prêtres cathohques; le principal personnage du délilé, le mort, vient par derrière, assis dans une sorte de petit palanquin fermé, tout à fait gentil. Suivent une bande de mousmés, cachant leur figure rieuse sous un semblant de voile et portant, dans des vases de forme sacrée, les lotus artificiels à pétales d'argent qui sont de rigueur pour les funérailles; puis de belles dames marchent après, minaudières, étouffant des envies de rire, sous des parasols où sont peints en couleurs gaies des papillons et des cigognes....

Les voici tout près de nous, il faut nous ranger pour leur faire place. — Et Chrysanthème tout à

coup prend un air de circonstance; Yves se découvre, ôte son nid de pie....

C'est pourtant vrai, que c'est la mort qui passe! Moi qui oubliais... cela en avait si peu l'air....

Le cortège va grimper bien haut, bien haut, audessus de Nagasaki, dans la verte montagne toute peuplée de tombes. Là on déposera dans la terre cet infortuné bonhomme, son palanquin par-dessus lui, et ses vases, et ses fleurs en papier argenté. Enfm!... au moins il sera dans un lieu agréable, ce pauvre mort, et jouira d'une vue charmante....

On s'en reviendra, moitié riant, moitié pleurnichant.

Demain on n'y pensera plus.

(Madame Chrysanthème.)

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