CHAPITRE XÏV
Suite de la déaionstration de rioégalité intellecluelle des races. Les civilisations diverses se repoussent mutuellement. Les races métisses ont des civilisations également métisses
. . . Des conflits ont mis en présence ]a civilisation persane avec la civilisation grecque, l'égyptienne avec la grecque et la romaine, la romaine avec la grecque ; puis la civilisation moderne de l'Europe avec toutes celles qui existent aujourd'hui dans le monde, et notamment la civilisation arabe.
Les rapports de l'intelligence grecque avec la culture persane étaient aussi multipliés que forcés. D'abord, une grande partie de la population hellénique, et la plus riche, sinon la plus indépendante, était concentrée dans ces villes du littoral syrien, dans ces colonies de l'Asie Mineure et du Pont, qui, très promptement réunies aux États du grand roi, vécurent sous la surveillance des satrapes, en conservant, jusqu'à un certain point, leur isonomie. La Grèce continentale et libre entretenait, de
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son côté, des rapports très intimes avec la côte d'Asie. Les civilisations des deux pays vinrent-elles à se confondre? On sait que non. Les Grecs traitent leurs puissants antagonistes de barbares, et probablement ceux-ci le leur rendaient bien. Les mœurs politiques, la forme des gouvernements, la direction donnée aux arts, la portée et le sens intime du culte public, les mœurs privées de nations entremêlées sur tant de points demeurèrent pourtant distinctes. A Ecbatane, on ne comprenait qu'une autorité unique, héréditaire, limitée par certaines prescriptions traditionnelles, absolue dans le reste. Dans l'Hellade, le pouvoir était subdivisé en une foule de petites souverainetés. Le gouvernement, aristocratique chez les uns, démocratique chez les autres, monarchique chez ceux-ci, tyrannique chez ceux-là, affichait à Sparte, à Athènes, à Sicjone, en Macédoine, la plus étrange bigarrure. Chez les Perses, le culte de l'État, beaucoup plus rapproché deTémanatisme primitif, montrait la même tendance à l'unité que le gouvernement, et surtout avait une portée morale et métaphysique qui ne manquait pas de profondeur. Chez les Grecs, le symbolisme, ne se prenant qu'aux apparences variées de la nature, se contentait de glorifier les formes. La religion abandonnait aux lois civiles le soin de commander à la conscience, et du moment qu'étaient parachevés les rites voulus, les honneurs rendus au dieu ou au héros topique, la foi avait rempli sa mission. Puis ces rites, ces honneurs, ces dieux et ces héros changeaient à chaque demi-lieue. Au cas où, dans quelques sanctuaires, comme à Olympie, par exemple, ou à Dodone, on voudrait reconnaître, non plus l'adoration d'une des forces
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OU d un des éléments de la nature, mais celle du principe cosmique lui-même, cette sorte d*unité ne ferait que rendre le fractionnement plus remarquable, comme n'étant pratiquée que dans les lieux isolés. D'ailleurs l'oracle Dodonéen, le Jupiter d'Olympie étaient des cultes étrangers.
Pour les usages, il n'est pas besoin de faire ressortir à quel point ils différaient de ceux de la Perse. C'était s'exposer au mépris public, lorsqu'on était jeune, riche, voluptueux et cosmopolite, que de vouloir imiter les façons de vivre de rivaux bien autrement luxueux et raffinés que les Hellènes. Ainsi, jusqu'au temps d'Alexandre, c'est-à-dire pendant la belle et grande période de la puissance grecque, pendant la période féconde et glorieuse, le Perse, malgré toute sa prépondérance, ne put convertir la Grèce à sa civilisation.
Avec Alexandre, ce fait reçut une confirmation singulière. En voyant l'Hellade conquérir l'empire de Darius, on crut, sans doute, un moment, que l'Asie allait devenir grecque, et d'autant mieux que le vainqueur s'était permis, dans une nuit d'égarement, contre les monuments du pays, des actes d'une agression tellement violente qu'elle semblait témoigner d'autant de mépris que de haine. Mais l'incendiaire de Persépolis changea bientôt d'avis, et si complètement que l'on put deviner son projet de se substituer purement et simplement à la dynastie des Achéménides et de gouverner comme son prédécesseur ou comme le grand Xerxès, avec la Grèce de plus dans ses Etats . De cette façon, la sociabilité persane aurait absorbé celle des Hellènes.
Cependant, malgré toute l'autorité d'Alexandre, rien
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de semblable n'arriva. Ses généraux, ses soldats ne s'accommodèrent pas de le voir revêtir la robe longue et flottante, ceindre la mitre, s'entourer d'eunuques et renier son pays. Il mourut. Quelques-uns de ses successeurs continuèrent son système. Ils furent pourtant forcés de le mitiger, et pourquoi encore purent-ils établir ce m.oyen terme qui devint l'état normal de la côte asiatique et des hellénisants d'Egypte ? Parce que leurs sujets se composèrent d'une population bigarrée de Grecs, de Syriens, d'Arabes, qui n'avait nul motif pour accepter autre chose qu'un compromis en fait de culturel Mais là où les races restèrent distinctes, point de transaction. Chaque pays garda ses mœurs nationales.
De même encore, jusqu'aux derniers jours de l'empire romain, la civilisation métisse [^qui régnait dans tout l'Orient, y compris alors la Grèce continentale, était devenue beaucoup plus asiatique que grecque, parce que les masses tenaient beaucoup plus du premier sang que du second. L'intelligence semblait, il est vrai, se piquer de formes helléniques. Il n'est cependant pas malaisé de découvrir, dans la pensée de ces temps et de ces pays, un fond oriental qui vivifie tout ce qu'a fait l'école d'Alexandrie, comme les doctrines unitaires des jurisconsultes gréco-syriens. Ainsi la proportion, quant à la quantité respective du sang, est gardée : la prépondérance appartient à la part la plus abondante.
Avant de terminer ce parallèle, qui s'applique au contact de toutes les civilisations, quelques mots seulement sur la situation de la culture arabe vis-à-vis de la nôtre.
Quant à la répulsion réciproque, il n'y a pas à en douter. Nos pères du moyen âge ont pu admirer de près
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les merveilles de l'Etat musulman, lorsqu'ils ne se refusaient pas à envoyer leurs étudiants dans les écoles de Cordoue. Cependant rien d'arabe n'est resté en Europe hors des pays qui ont gardé quelque peu de sang ismaélite, et rinde brahmanique ne s'est pas montrée de meilleure composition que nous. Gomme nous, soumise à des maîtres mahométans, elle a résisté avec succès à leurs efforts.
Aujourd'hui, c'est notre tour d'agir sur les débris de la civilisation arabe. Nous les balayons, nous les détruisons : nous ne réussissons pas à les transformer, et, pourtant, cette civilisation n'est pas elle-même originale et devrait dès lors moins résister. La nation arabe, si faible de nombre, n'a fait notoirement que s'assimiler des lambeaux des races soumises par son sabre. Ainsi les Musulmans, population extrêmement mélangée, ne possèdent pas autre chose qu'une civilisation de ce même caractère métis dont il est facile de retrouver tous les éléments. Le noyau des vainqueurs, on le sait, n'était pas, avant Mahomet, un peuple nouveau ni inconnu. Ses traditions lui étaient communes avec les familles chamites d'où il tirait son origine. Il s'était frotté aux Phéniciens comme aux Juifs. Il avait dans les veines du sang des uns et des autres, et leur avait servi de courtier pour le commerce de la mer Rouge, de la côte orientale d'Afrique et de rinde. Auprès des Perses et des Romains,il avait joué le même rôle. Plusieurs de ses tribus avaient pris part à la vie politique de la Perse sous les Arsacides et les fils de Sassan, tandis que tel de ses princes, comme Odénat, s'instituait César, que telle de ses filles, comme Zénobie, fille d'Amrou, souveraine de Pcilmvre, se couvrait d'une
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gloire toute romaine, et que tel de ses aventuriers, comme Philippe, put même s'élever jusqu'à revêtir la pourpre impériale. Cet te nation bâtarde n'avait donc jamais cessé, dès l'antiquité la plus haute, d'entretenir des relations suivies avec les sociétés puissantes qui l'avoisinaient. Elle avait pris part à leurs travaux et, semblable à un corps moitié plongé dans Teau, moitié exposé au soleil, elle tenait, tout à la fois, d'une culture avancée et de la barbarie.
Mahomet inventa la religion la plus conforme aux idées de son peuple, où l'idolâtrie trouvait de nombreux adeptes, mais où le christianisme, dépravé par les hérétiques et les judaïsants, ne faisait guère moins de prosélytes. Le thème religieux du prophète koréischite fut une combinaison telle que l'accord entre la loi de Moïse et la foi chrétienne, ce problème si inquiétant pour les premiers catholiques et toujours assez présenta la conscience des populations orientales, s'y trouva plus balancé que dans les doctrines de l'Eglise. C'était déjà un appât d'une saveur séduisante, et du reste, toute nouveauté théologigique avait chance de gagner des croyants parmi les Syriens et les Egyptiens. Pour couronner l'œuvre, la religion nouvelle se présentait le sabre à la main, autre garantie de succès chez des masses sans lien commun, et pénétrées du sentiment de leur impuissance.
C'est ainsi que l'islamisme sortit de ses déserts. Arrogant, peu inventeur, et déjà, d'avance, conquis, aux deux tiers, à la civilisation gréco- asiatique, à mesure qu'il avançait, il trouvait, sur les deux plages de l'est et du sud de la Méditerranée, toutes ses recrues saturées d'avance de cette combinaison compliquée. Il s'en imprégna
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davantage. Depuis Bagdad jusqu'à Montpellier, il étendit son culte emprunté à TEglise, à la Synagt)gue, aux traditions défigurées de THedjaz et de rYémen, ses lois persanes et romaines, sa science gréco-syrienne et égyptienne, son administration, dès le premier jour tolérante comme il convient, lorsque rien d'unitaire ne réside dans un corps d'Etat. On a eu grand tort de s'étonner des rapides progrès des Musulmans dans le raffinement des mœurs. Le gros de ce peuple avait simplement changé d'habit, et on l'a méconnu quand il s'est mis à jouer le rôle d'apôtre sur la scène du monde, où, depuis longtemps, on ne le remarquait plus sous ses noms anciens. Il faut tenir compte encore d'un fait capital. Dans cette agrégation de familles si diverses, chacun apportait sans doute sa quote-part à la prospérité commune. Qui, pourtant, avait donné l'impulsion, qui soutint l'élan tant qu'on le vit durer, ce qui ne fut pas long? Uniquement, le petit noyau de tribus arabes sorties de l'intérieur de la péninsule, et qui fournirent non pas des savants, mais des fanatiques, des soldats, des vainqueurs et des maîtres.
La civilisation arabe ne fut pas autre chose que la civilisation gréco-syrienne, rajeunie, ravivée par le souffle d'un génie assez court, mais plus neuf, et altérée par un mélange persan de plus. Ainsi faite, disposée à beaucoup de concessions, elle ne s'accorde cependant avec aucune formule sociale sortie d'autres origines que les siennes ; non, pas plus que la culture grecque ne s'était accordée avec la romaine, parente si proche et qui resta renfermée tant de siècles dans les limites du même empire. C'est là ce que je voulais dire sur l'impossibilité des
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civilisations possédées par des groupes ethniques étrangers Tun à Tautre, de se confondre jamais.
Quand l'histoire établit si nettement cet irréconciliable antagonisme entre les races et leurs modes de culture, il est bien évident que la dissemblance et Tinégalité résident au fond de ces répugnances constitutives, et du moment que l'Européen ne peut pas espérer de civiliser le nègre, et qu'il ne réussit à transmettre au mulâtre qu'un fragment de ses aptitudes ; que ce mulâtre, à son tour, uni au sang des blancs, ne créera pas encore des individus parfaitement aptes à comprendre quelque chose de mieux qu'une culture métisse d'un degré plus avancé vers les idées de la race blanche, je suis autorisé à établir l'inégalité des intelligences chez les différentes races.