CHAPITRE XV
Les langues, inégales entre elles, sont dans un rapport parfait avec
le mérite relatif des races
Les premiers philologues commirent une double erreur : la première, de supposer que, parallèlement à ce que racontent les Unitaires de l'identité d'origine de tous les groupes, toutes les langues se trouvent formées sur le même principe ; la seconde, d'assigner l'invention du langage à la pure influence des besoins matériels.
Pour les langues, le doute n'est même pas permis. Il y a diversité complète dans les modes de formation et, bien que les classifications proposées par la philologie puissent être encore susceptibles de revision, on ne saurait garder une seule minute l'idée que la famille altaïque, Tariane, la sémitique ne procèdent pas desourcespar-^
faitement étrangères les unes aux autres. Tout y diffère. La lexicologie a, dans ces différents milieux linguistiques, des formes parfaitement caractérisées à part. La modulation de la voix y est spéciale : ici, se servant surtout des lèvres pour créer les sons; là, les rendant par la contraction de la gorge; dans un autre système, les produisant par rémission nasale et comme du haut de la tête. La composition des parties du discours n'offre pas des marques moins distinctes, réunissant ou séparantles nuances de la pensée, et présentant, surtout dans les flexions des substantifs et dans là nature du verbe, les preuves les plus frappantes de la différence de logique et de sensibilité qui existe entre les catégories humaines. Que résulte-t-il de là? C'est que, lorsque le philosophe, s'efforçant de se rendre compte, par des conjectures purement abstraites, de Torigine des langages, débute dans ce travail par se mettre en présence de Thomme idéalement conçu, de Thomme dépourvu de tous caractères spéciaux de race, de Y homme enfin, il commence par un véritable non-sens, et continue infailliblement de même. Il n'y a pas d'homme idéal, V homme n'existe pas, et si je suis persuadé qu'on ne le découvre nulle part, c'est surtout lorsqu'il s'agit de langage. Sur ce terrain, je connais le possesseur de la langue finnoise, celui du système arian ou des combinaisons sémitiques; mais V homme absolu, je ne le connais pas. Ainsi, je ne puis pas raisonner d'après cette idée, que tel point de départ unique ait conduit l'humanité dans ses créations idiomatiques. Il y a eu plusieurs points de départ parce quïl y avait plusieurs formes d'intelligence et de sensibilité (i)...
(i) M. Guillaume de Humboldt, dans un de ses plus brillants opus<^
En matière d'ethnologie, il est bon d'accepter avec gratitude les secours philologiques. Pourtant il ne faut les recevoir que sous réserve, et, autant que possible, ne rien fonder sur eux seuls.
Cette règle est commandée par une nécessaire prudence. Cependant tous les faits établissent que l'identité est originairement entière entre le mérite intellectuel d'une race et celui de s;a langue naturelle et propre ;.que les langues sont par conséquent, inégales en valeur et en portée, dissemblables dans les formes et dans le fond, comme les races ; que leurs modifications ne proviennent que de mélanges avec d'autres idiomes, comme les modifications des races ; que leurs qualités et leurs mérites s'absorbçnt et disparaissent, absolument comme le sang des races, dans une immersion trop considérable d'éléments hétérogènes; enfin que, lorsqu'une langue de caste supérieure se trouve chez un groupe humain indigne d'elle, elle ne manque pas de dépérir et de se mutiler. Si donc il est souvent difficile, dans un cas particulier, de conclure, de prime abord, de la valeur de la langue à celle du peuple qui s'en sert, il n'en reste pas
cules, a exprimé, d'une manière admirable, la partie essentielle de cette vérité : « Partout, dit ce penseur de génie, l'œuvre du temps « s'unit dans les langages à l'œuvre de l'originalité nationale, et ce « qui caractérise les idiomes des hordes guerrières de l'Amérique et « de l'Asie septentrionale, n'a pas nécessairement appartenu aux « races primitives de l'Inde et de la Grèce. Il n'est pas possible « d'attribuer une marche parfaitement pareille et, en quelque sorte» « imposée par la nature, au développement, soit d'une langue ap- <( partenant à une nation prise isolément, soit d'une autre qui aura « servi à plusieurs peuples. »1 (W. v. Humboldl's, Ueber das Entstehen der grammaiischen Formen, und ihren Einjîuss auf die Ideeneniwiokelung,)
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moins incontestable qu'en principe on le peut faire. Je pose donc cet axiome g-énéral :
La hiérarchie des langues correspond rigoureusement à la hiérarchie des races.