A SA MAJESTÉ GEORGES V, ROI DE HANOVRE
... Les événements considérables, révolutions, guerres sanglantes, renversement de lois, qui, depuis trop d'années, ont agi sur les Etats européens, tournent aisément les imaginations vers l'examen des faits politiques. Tandis que le vulgaire nen considère que les résultats immédiats et n'admire ou ne réprouve que P étincelle électrique dont ils frappent les intérêts, les penseurs plus graves cherchent à découvrir les causes cachées de si terribles ébranlements, et,
il) Voir à TAppendice l'Avant-Propos écrit par Tauteur pour cette seconde édition.
descendant la lampe à la main dans les sentiers obscurs de la philosophie et de l'histoire^ ils vont demander à l'analyse da cœur humain ou à l'examen attentif des annales le mot d'une énigme qui trouble si fort les existences et les consciences.
Comme chacun^ fai ressenti ce que V agitation des époques modernes inspire de soucieuse curiosité. Mais, en appliquant à en comprendre les mobiles toutes les forces de mon intelligence, fai vu Cho^ rizon de mes étonne ments, déjà si vaste, s'agrandir encore. Quittant, peu à peu, je l'avoue, l'observation de l'ère actuelle pour celle des périodes précédentes, puis dupasse tout entier, fai réuni ces fragments divers dans un ensemble immense, et, conduit par l'analogie, je me suis tourné, presque malgré moi, vers la divination de l'avenir le plus lointain. Ce n^a plus été seulement les causes directes de nos tourmentes soi-disant réformatrices qu'il m'a semblé désirable de connaître : j'ai aspiré à découvrir les raisons plus hautes de cette identité des maladies sociales que la connaissance la plus imparfaite des chroniques humaines suffit d faire remarquer dans toutes les nations qui furent jamais, qui sont, comme selon toute vraisemblance, dans celles qui seront un jour.
Je crus, d'ailleurs, apercevoir, pour de tels travaux, des facilités particulières d l'époque présente. Si, par ses agitations, elle pousse à la pratique d'une sorte de chimie historique, elle en facilite aussi les labeurs, . .
Tant de découvertes inattendues ou inespérées ne se placent pa^^ sans doute, au-dessus des atteintes de toute critique. Elles sont loin de présenter, sans lacunes, les listes des dynasties, l* enchaînement régulier des règnes et des faits. Cependant, au milieu de leurs résultats incomplets, il en est d* admirables, pour les travaux qui m'occupent, il en est de plus fructueux que ne sauraient l'être les fables chronologiques les mieux suivies . Ce que fy recueille avec joie, c'est la révélation des usages, des mœurs, Jusqu'aux portraits, jusqu'aux costumes des nations disparues. On connaît désormais l'état de leurs arts. On aperçoit toute leur vie, physique et morale, publique et privée, et il nous est devenu possible de reconstruire, au moyen des matériaux les plus authentiques, ce qui fait la personnalité des races et le principal critérium, de leur valeur.
Devant un tel amoncellement de richesses toutes neuves ou tout nouvellement comprises, personne n'est plus autorisé à prétendre expliquer le jeu compliqué des rapports sociaux, les motifs des élévations et des décadences nationales avec l'unique secours des considérations abstraites et purement hypothéli* gués qu'une philosophie sceptique peut fournir. Puisque les faits positifs abondent désormais, qu'ils surgissent de partout, se relèvent de tous les sépulcres ^ et se dressent sous la main de qui veut les interroger, il n'est plus loisible d'aller, avec les théoriciens révolutionnaires , amasser des nuages pour ^n former des hommes Jantastiques et se donner le plaisir défaire mouvoir artijiciellement des chimères
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dans des milieux politiques qui leur, ressemblent. La réalité^ trop notoire j trop pressante^ interdit de tels jeuXy souvent impies, toujours néfastes. Pour décider sainement des caractères de Vhumanité^ le tribunal de Vhistoire est devenu le seul compétent. C'est d'ailleurSy fen conviens, un arbitre sévère, un juge bien redoutable à évoquer à des époques aussi tristes que celle-ci.
Non pas que le passé soit lui-même immaculé. Il contient tout, et, à ce titre,on en obtient l'aveu de bien des fautes et l'on y découvre plus d'une honteuse déf alliance. Les hommes d'aujourd'hui seraient même en droit de faire, devant lai, trophée de quelques mérites qui lui manquent. Mais^ si, pour repousser leurs accusations, il vient soudain à évoquer les ombres grandioses des périodes héroïques, que diront-ils? S'il leur reproche d'avoir compromis la foi religieuse, la fidélité politique, le culte du devoir, que répondre ? S'il leur affirme qu'ils ne sont aptes qu'à poursuivre le défrichement de connaissances dont les principes ont été reconnus et exposés par lui ; s'il ajoute que Cantique vertu est devenue un objet de risée; que V énergie a passé de l'homme d la vapeur; que la poésie s'est éteinte, que ses grands interprètes ne vivent plus; que ce quon nomme des intérêts se ravale aux considérations les plus mesquines; qu'alléguer?
Rien,sinon que toutes les belles choses, tombées dans le silence, ne sont pas mortes et qu'elles dorment; que tous les âges ont vu des périodes de transition, époques où la souffrance lutte avec la vie et cToà
ESSAI SUR L'iNÉGALlTi: DES RAGES HUMAINES 5l
celle-ci se détache, à la fin, victorieuse et resplendissante, et que, puisque la Chaldée trop vieillie fat remplacée jadis par la Perse jeune et vigoureuse, la Grèce décrépite par Rome virile et la domination abâtardie d'Augustule par les royaumes des nobles princes teutoniques, de même les races modernes obtiendront leur rajeunissement.
C'est là ce que j'ai moi-même espéré un instant, et j'aurais voulu répondre immédiatement à l'Histoire pour confondre ses accusations et ses sombres pronostics, si je n'avais été frappé de cette considération accablante, que je me hâtais trop cTavancer une proposition dénuée de preuves. Je voulus en chercher, et ainsi j'étais ramené sans cesse, par ma sympathie pour les manifestations de Vhumanité vivante, à approfondir davantage les secrets de Vhumanité morte. C'est alors que, d'inductions en inductions, j'ai dû me pénétrer de cette évidence, que la question ethnique domine tous les autres problèmes de l'histoire, en tient la clef, et que l'inégalité des races dont le concours forme une nation^ suffit à expliquer tout L'enchaînement des destinées des peuples. Il n'est personne, d'ailleurs, qui n'ait été frappé de quelque pressentiment d'une vérité si éclatante. Chacun a pu observer que certains groupes humains, en s' abattant sur un pays, y ont transformé jadis, par une action subite, et les habitudes et la vie, et que, là où, avant leur arrivée, régnait la torpeur, ils se sont montrés habiles à faire jaillir une activité inconnue...
Après avoir reconnu qu'il est des races fortes et qu'il en est de faibles,je me sais attaché à observer de
préférence les premières^ à démêler leurs aptitudes, et surtout à remonter la chaîne de leurs généalogies. En suivant cette méthode^ j* ai fini par me convain-^ cre que tout ce qu^ily a de grand, de noble ^de fécond sur la terre, en fait de crémtions humaines, la science, l'art, la civilisation, ramène l'observateur vers un point unique, n^est issu ,que d'un même germe, n^a résulté que d'une seule pensée, n'appartient qu'à une seule Jamille dont les différentes branches ont régné dans toutes les contrées policées de l'Univers.
L'exposition de cette synthèse se trouve dans ce livre. Il ne m'appartenait pas, et je ny ai pas songé, de quitter les régions élevées et pures de la discussion scientifique pour descendre sur le terrain de la polémique contemporaine. Je n^ai cherché à éclaircir ni V avenir de demain, ni celai même des années qui vont suivre. Les périodes que je trace sont amples et larges. Je débute avec les premiers peuples qui fur en. jadis, pour chercher jusqu'à ceux qui ne sont pas encore. Je ne calcule que par séries de siècles. Je fais, en un mot, de la gpéologie morale. Je parle rarement de l'homme, plus rarement encore du citoyen ou du sujet, souvent, toujours des différentes fractions ethniques, car il ne s'agit pour moi, sur les cimes oà je me suis placé, ni des nationalités fortuites, ni même de l'existence des États, mais des races, des sociétés et des civilisations diverses.