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UNE PARTIE DE CAMPAGNE

Il y eut une partie de campagne où plusieurs jeunes demoiselles et leurs amis, flanqués du nombre nécessaire de parents respectables, allèrent se promener dans la forêt voisine de la Résidence et goûter à la maison du garde. C'était un endroit charmant. La petite habitation, semblable à une chaumière du moyen âge, construite en troncs d'arbres où l'art figurait la rusticité, était comme étouflfée sous les clématites et dominée par une grande cheminée en briques rouges. Les fenêtres perçaient çà et là à travers les feuillages, toutes garnies de petits carreaux enchâssés dans du plomb; des deux côtés du perron se dressaient tables et bancs, et des tonnelles au-dessus où s'éparpillaient les fibrilles et les feuilles de la vigne vierge, courant après les fleurs

ambrées de Taubépine. Une clairière peu étendue tournait autour du petit manoir ; des arbres immenses, commençant le fourré du bois, s'arrondissaient si haut et si bien qu'ils donnaient de Tombre sans arrêter les raies de soleil, dorant çà et là maison, fleurs, g-azon et le reste.

La joyeuse compagnie, après avoir beaucoup erré sous les futaies, contemplé à loisir la fuite des daims et des chevreuils, qui, à leur approche, désunissaient leurs troupes et s'échappaient dans les lointains, vint s'asseoir aux tables . Les dispositions de ces messieurs et de ces demoiselles étaient tournées à une exaltation assez notable. On avait beaucoup parlé des chevaliers de l'ancien temps et des héroïnes dont les palefrois avaient dû si souvent fouler l'herbe de ces parages. On avait discuté sur la façon dont on aimait à cette époque. Généralementy les jeunes filles avaient soutenu l'opinion que, de nos jours, il ne se pouvait plus rien trouver de semblable, ce que ces messieurs avaient contesté avec indignation. Une fois à table, il arriva que les personnes qui s'étaient le moins entendues sur ce point intéressant, s'étaient le plus rapprochées et étaient assises Tune à côté de l'autre. Les pères s'occupaient de leur repas, les mères veillaient à ce que rien ne manquât. Tout allait le mieux du monde.

Liliane et Schorn s'étaient si bien querellés que celuici eut grande envie de faire comme ses camarades et de prendre place à côté de son adversaire. Mais, comme il n'osait risquer un si grand coup, il hésitait, quand Liliane, d'un petit signe de tète imperceptible, d'un signe de la main qui ne le fut guère moins et d'un sou-

rire à ravir les ang'es, lui prouva qu'il pouvait oser. Alors, quand on fut établi, chacun tira à soi ce qu'il voulut, jambon, gâteaux, confitures, vins du Rhin ou de France, et on continua à discuter et à raisonner et déraisonner, et les pères allumèrent leurs pipes et les mères prirent leurs tricots, et Schorn (je jure par tous les dieux que ceci est parfaitement véritable I), Schorn rencontra à côté de lui, sur le banc, la petite main de Liliane ; il la prit, il la serra, il la garda quelque temps et on le laissa faire.

On le laissa faire, puissances célestes ! Qa*était-il donc arrivé? Impossible de savoir ce qui était arrivé! mais ce qui suivit est encore plus à noter. Par cette soirée délicieuse de printemps, quand on revint vers la ville, il y eut dans la compagnie des cœurs qui achevèrent de s'entendre.

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