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AVANT-PROPOS

A LA SECONDE EDITION DE l'eSSAI SUR l'iNÉGALITÉ DES

RAGES HUMAINES (l).

... L'édition actuelle n'a pas changé une ligne à l'édition primitive, non pas que, dans l'intervalle, des travaux considérables n'aient déterminé bien des progrès de détail. Mais aucune des vérités que j'ai émises n'a été ébranlée, et j'ai trouvé nécessaire de maintenir la vérité telle que je l'ai trouvée. Jadis, on n'avait sur les races humaines que des doutes très timides. On sentait vaguement qu'il fallait fouiller de ce côté si l'on voulait mettre à découvert la base encore inaperçue de l'histoire et on pressentait que, dans cet ordre de notions si peu dégrossies, sous ces mystères si obscurs, devaient se rencontrer à de certaines profondeurs les vastes substructions sur lesquelles se sont graduellement élevées les assises, puis les murs, bref tous les développements sociaux des multitudes si variées dont l'ensemble compose la marqueterie de nos peuples. Mais on ne voyait pas la marche à suivre pour rien conclure.

(i) Firmin-Didol, 1884.

Depuis la seconde moitié du dernier siècle, on raisonnait sur les annales générales et on prétendait, pourtant, à ramener tous ces phénomènes dont ils présentent les séries, à des lois fixes. Cette nouvelle manière de tout classer, de tout expliquer, de louer, de condamner, au moyen de formules abstraites dont on s'efiForçait de démontrer la rigueur, conduisait naturellement à soupçonner, sous Téclosion des faits, une force dont on n'avait encore jamais reconnu la nature. La prospérité ou l'infortune d'une nation, sa grandeur et sa décadence, on s'était longtemps contenté de les . faire résulter des vertus et des vices éclatant sur le point spécial qu'on examinait. Un peuple honnête devait être nécessairement un peuple illustre, et, au rebours, une société qui pratiquait trop librement le recrutement actif des consciences relâchées amenait sans merci la ruine de Suse, d'Athènes, de Rome, tout comme une situation analogue avait attiré le châtiment final sur les cités décriées de la Mer Morte.

En faisant tourner de pareilles clefs, on avait cru ouvrir tous les mystères ; mais, en réalité, tout restait clos. Les vertus utiles aux grandes agglomérations doivent avoir un caractère bien particulier d'égoïsme collectif qui[ne les rend pas pareilles à ce qu'on appelle vertu chez les particuliers. Le bandit Spartiate, l'usurier romain ont été des personnages publics d'une rare efficacité, bien qu'à en juger au point de vue moral, et Lysandre et Caton fussent d'assez méchantes gens ; il fallut en convenir après réflexion et, en conséquence, si on s'avisait de louer la vertu chez un peuple et de dénoncer avec indignation le vice chez un autre, on se vit obligé de reconnaître et d'avouer tout haut qu'il ne s'agissait pas là de mérites et de démérites intéressant la conscience chrétienne, mais bien de certaines aptitudes, de certaines puissances actives de l'âme et même du corps, déterminant ou paralysant le développement de la vie dans les nations, ce qui conduisit à se demander pourquoi l'une de celles-ci pouvait ce que l'autre ne pouvait pas, et

ainsi on se trouva induit à avouer qup c'était un fait résultant de la race.

Pendant quelque temps on se contenta de cette déclaration à laquelle on ne savait comment donner la précision nécessaire. C'était un mot creux, c'était une phrase, et aucune époque ne s'est jamais payée de phrases et n'en a eu le goût comme celle d'à présent. Une sorte d'obscurité translucide qui émane ordinairement des mots inexpliqués était projetée ici par les études physiologiques et suffisait, ou, du moins, on voulut quelque temps encore s'en contenter. D'ailleurs, on avait un peu peur de ce qui allait suivre. On sentait que si la valeur intrinsèque d'un peuple dérive de son origine, il fallait restreindre, peut-être supprimer tout ce qu'on appelle Egalité et, en outre, un peuple grand ou misérable ne serait donc ni à louer, ni à blâmer. Il en serait comme de la valeur relative de l'or et du cuivre. On reculait devant de tels aveux.

Fallait-il admettre, en ces jours de passion enfantine pour l'égalité, qu'une hiérarchie si peu démocratique existât parmi les fils d'Adam ? Combien de dogmes, aussi bien philosophiques que religieux, se déclaraient prêts à réclamer !

Tandis qu'on hésitait, on marchait pourtant ; les découvertes s'accumulaient et leurs voLx se haussaient et exigeaient qu'on parlât raison. La géographie racontait ce qui s'étalait à sa vue; les collections regorgeaient de nouveaux types humains. L'histoire antique mieux étudiée, les secrets asiatiques plus révélés, les traditions américaines devenues accessibles comme elles ne l'étaient pas auparavant, tout proclamait l'importance de la race. Il fallait se décider à entrer dans la question telle qu'elle est.

Sur ces entrefaites, se présenta un physiologiste, M. Pritchard, historien médiocre, théologien plus médiocre encore, qui, voulant surtout prouver que toutes les races se valaient, soutint qu'on avait tort d'avoir peur et se donna peur à luimême. D se proposa non pas de savoir et de dii'e la vérité des

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