JOSEPHTE
Toronto, 4 août 1851.
La réponse ne se fît pas attendre. M. Chauveau était rendu à son siège de député, dans l'après-midi du 5 août, lorsque son collègue M. Taché se présenta à lui et lui remit une lettre ouverte en lui disant :
— Voici la réponse à votre épître en vers.
— Mon épître en vers ? Mais je ne vous ai pas écrit.
— Oh ! ne niez pas je vous ai facilement reconnu.
— Et à quoi m'avez-vous reconnu ^
— A l'odeur : votre papier sentait le 'patchouli . , .
— " Cré sauvage !" (textuel) répliqua M. Chauveau : moi qui croyais vous avoir dépisté !
Voici cette réponse de M. Taché ainsi que la réplique de M. Chauveau:
Je connais cette terre, et je Taime si bien
Que sur mon cœur, hélas ! tes vers ne feront rien.
Les brumes effrayant ta frileuse personne,
A son mâle habitant n'offrent rien qui l'étonné.
La tempête mugit ! Sur sa barque rapide Il s'élance, et, docile à la main qui le guide. L'esquif ouvre les flots ... Oh ! la mer en fureur A des beautés, crois-moi, défiant le rimeur.
Monté sur son canot, quand la vague repose Au sein d'un calme plat, gaiement il se dispose A chasser le huard aux brillantes couleurs, La gentille pétreUe et les canards plongeurs.
Tu te plains de l'hiver, pauvre enfant des salons. Tu te plains de la neige et des froids aquilons. Tu te plains du roc nud où la lame se brise: Sybarite élégant, va chauffer ta chemise !
Ne crains pas le catarrhe à nos fortes poitrines ! Dans nos fertiles champs il n'est pas de famines; Josephte peu s'enquiert où l'on doit l'enterrer Certaine que toujours il faudra bien l'aimer.
Toronto, 5 août 1851.