INTRODUCTION. XXXI
que cet homme, si froid et si maître de lui en apparence, était en réalité plutôt un timide. Non seulement il avait peur de parler dans une assemblée publique, et peur à un tel point qu'il en perdait ses moyens, mais il ressentait même une réelle crainte à lire en public ses œuvres. Nous avons ses confidences là-dessus à propos de son discours de réception à l'Académie. Rien ne put vaincre, sauf le temps (car plus tard il s'habituera davantage à la chose), une timidité qu'égalait seulement le plaisir qu'il éprouvait, une fois le discours lu et récité, à en être débarrassé.
Cette timidité disparaissait d'ailleurs dans l'intimité. Dans le monde, il la cachait sous un vernis de froideur et de scepticisme. On la devine jusque dans ses lettres, jusque dans ses affirmations d'indifférente froideur. Il n'ose pas toujours tout dire, lui qui pourtant ne hait pas les anecdotes piquantes, voire même un réalisme un peu cru. Ce « gentleman correct » est en effet, parfois, plus gaulois qu'il ne conviendrait. On le lui pardonnera en songeant aux trésors de fine raillerie et de saine raison que contient sa correspondance. En ce sens la correspondance avec Panizzi serait à dépouiller en entier : on y trouverait un Mérimée politique, bien renseigné et
ici d'horribles bêtises qu'on a faites avec notre argent. Ce sont des pères de famille vertueux et niais qui les ont faites et contre lesquels je dois lancer les rapports les plus fulminants, tendant à les faire crever de faim. Ce métier de férocité m'afflige », et le 17 sept. 1844 : « J'étais fort empêché à plonger dans le désespoir 4000 de mes concitoyens... Entre mon devoir et ma sensibilité naturelle; j'étais fort malheureux. » (L. â Inc.).