INTRODUCTION. XXXV
sont des nouvelles d'une subtile et raffinée psychologie, là c'en est d'autres d'un romanesque bizarre; ici ce sont des études pénétrantes, dignes de celles d'un Beyle, quoique moins profondes (et peut-être de par la volonté de l'auteur), avec des personnages nettement marqués; là ce sont des légendes, des récits étranges, comme des rêves, des hallucinations à la Poë parfois, mêlées de sorcellerie et de magie (ce pourquoi Mérimée a une constante prédilection*)... et alors avec cela, conséquence naturelle, des personnages légèrement vagues, indécis, faits en quelque sorte d'une pâte molle et grisâtre. D'autres fois enfin ce sont moins de véritables récits qu'une suite de tableaux reliés entre eux par le fil ténu d'une action très simple. — Qui niera qu'une telle variété n'était pas un excellent moyen d'attirer, de séduire et par conséquent de garder le lecteur?
Et de même pour la composition une égale habi* leté. Toujours trop parfait il eût gâté, pour ainsi dire, sa propre perfection. C'est pourquoi à côté de récits très nettement sobres et pittoresques, très pleins et très rapides, où aucun détail, aucun mot presque ne pourrait s'enlever, où tout court pathétiquement, sans arrêt ni lenteur, au dénouement voulu, il en est où l'auteur ne s'astreint pas de parti pris à une composition aussi rigoureuse, à une marche aussi rectiligne. Ici il mêle un épisode, parfois plusieurs; là il amorce son récit, ou le ter-
1. Il raconte dans une lettre, le 23 nov. 1856 {Revue des Deux Mondes, 1" mars 1S96) qu'après le collège il se livra, six mois durant, à l'étude de la magie.