XXXVI INTRODUCTION
mine, ou le pénètre au contraire par quelque digression, une conversation savante, une discussion archéologique, quelques observations philologiques, artistiques, scientifiques, et autres, qui nous font songer malgré nous à la manière d'un Anatole France; parfois même, comme se désintéressant de son sujet et de son récit (ce qui est encore un excellent moyen d'y intéresser davantage les autres), il semble l'oublier, pour y revenir dans certains cas, et même, en d'autres, le laisser tout à fait. Ce raffmement de gaucherie est d'un art consommé. D'autant que l'auteur place à merveille ces utiles, j'allais dire ces nécessaires hors-d'œuvre, et que loin de gâter le récit et de gêner le lecteur, ils sont comme une sorte d'excitant pour son plaisir.
Les nouvelles de Mérimée ne sont donc pas toutes faites d'après un seul et même modèle. Mais cependant, qu'il les ait inventées de toutes pièces ou empruntées à d'autres, qu'elles aient pour cadre ou Paris ou la province ou l'étranger, qu'elles aient pour fm ou une étude du cœur humain ou une peinture de mœurs, elles portent toutes la marque de leur auteur etcom.me la griffe du maître. Et ce n'est pas surtout parce que toutes ces nouvelles, en général, sont peu gaies et assez sombres même en soi ; parce que l'auteur semble aimer, partout et toujours, à nous faire un peu peur, à nous considérer comme des enfants qu'on amuse et qu'on fait trembler tout ensemble par des histoires de brigands; parce que ses héroïnes sont assez souvent d' a adorables furies »; parce qu'il attache un prix médiocre à notre pauvre existence humaine, multipliant par-