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INTRODUCTION. IX

Dalmatie de l'abbé Fortis, se renseigna auprès de Fresnel fils et, cherchant à imiter et imitant avec bonheur les Chants populaires de la Grèce que venait de publier Fauriel, il écrit en quinze jours sa collection de ballades qu'on imprima mystérieusement à Strasbourg sous le titre de La Guzla. Dans une préface aussi habile et aussi savante que celle de Clara Gazul, il se faisait passer pour un Italien, réfugié en France, né d'une Morlaque. Et il expliquait en note, comme le devait un bon traducteur, que (( les Morlaques sont les habitants de la Dalmatie qui parlent le slave et l'illyrique ». Comment douter après cela? surtout quand cette préface est suivie d'une non moins habile et savante notice sur le joueur de Guzla, Hyacinthe Maglanovich, et que ces ballades, expliquées par des notes nombreuses, pleines d'un charme étrange, exhalent en quelque sorte un parfum sauvage et tout original? Personne ne se douta donc de la supercherie, sauf quelques grincheux et quelques... malins, qui ne dirent mot. Le succès fut immense; il fut, selon un chroniqueur du temps, « immédiat, solennel et complet )). Il y eut un savant allemand pour traduire la Guzla, et même en vers, « ce qui lui avait été facile, conte Mérimée, parce qu'il avait sous ma prose, disait-il, découvert le mètre des vers illyriques »; il en fut un autre, auteur d'une anthologie slave, pour demander à l'auteur par lettre les vers originaux qu'il avait si excellemment traduits; enfin Pouchkine, Pouchkine lui-même, traduisit en russe quelques-unes de ces ballades. Aussi les romantiques d'exulter. Mérimée devenait, selon le mot

X NTRODUCTION.

de G. Planche, ce le Mazeppa d'une armée dont Victor Hugo était le chef », et ce dernier écrivait de sa propre main cette flatteuse anagramme « Première prose », sur le fronton du livre de Prosper Mérimée. — C'est à peine cependant si on put vendre quelques exemplaires de la Guzla.

La tète ne tourna point à Mérimée par suite d'un si brillant succès. Le procédé lui parut même si simple et si facile qu'il en vint à douter (c'est du moins ce qu'il dit dans l'avertissement de 1840) du mérite de la couleur locale. Il n'en restait pas moins un romantique hardi, même révolutionnaire. On le vit bien, en 1828, avec sa Jaquerie, qu'il intitule « scènes féodales », sans oser donner, non sans raison, le nom de drame à ces trente-six scènes, un peu touffues et confuses, d'ailleurs pittoresques et intéressantes, où il rompait en visière avec toutes les règles classiques et d'où nous tirons, comme il le voulait sans doute, une assez vague et pénible impression. Et- plus terrible encore était la donnée d'un drame qu'il publiait en même temps et qui est presque illisible aujourd'hui : la Famille de Carvajal.

Avec l'année 1829 viennent des oeuvres plus uTiportantes pour la gloire de Mérimée. Ce sont d'abord cette Chronique du règne de Chaires IX, qu'il appelait une ce sorte d'extrait » des Mémoires du xvr siècle et qui est bien une suite de tableaux vifs et imagés, où se joue l'imagination fantaisiste de l'auteur et où le récit, très net et très précis, a je ne sais quoi d'aimablement railleur ou de discrètement ironique. Ce sont surtout ces premières nou-

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