UN BON DÉBUT
MALUSKi. — Il file, il file tout droit... Prince Adam, je parie, le diable m'emporte, que le moine vous emmène votre cheval et vous laisse sa robe en échange.
MNiszEK. — Non, ma foi. Il revient. C'est un fier écuyer,
MALUSKI. — Oh! pouvez-vous dire cela, pane Mniszek? Regardez-le. Il est afTourché sur la béte omme un singe ou un Tartare qu'il est... Ah! si vous aviez vu à Paris, dans la grande écurie du roi, comme nous manégions devant madame de "Verneuil et...
CONSTANTIN, à Yourii. — Très bien, mon brave. Si c'est l'abbé de ton couvent qui ta appris à monter à cheval, il était digne d'être le pope des Zaporogues
YOURII, revenant. — Maintenant il est dompté, à ce que je crois.
CONSTANTIN. — Ticus, moinc, prends ces vingt ducats. Tu les as bien gagnés.
LE PRINCE ADAM. — Et moi, je te donne ce cheval. Mon veneur est estropié. Si tu veux rester ci, je te donne sa place. Crois-moi, laisse là ton froc.
YOURII. — Le proverbe dit vrai : généreux comme un Wiszniowiecki . (a Marine.) Ces deux nobles seigneurs m'ont fait leurs présents. Pana, ne me ferez-vous point le vôtre? Donnez-moi la rose qui est à votre corset. (H se met à genoux.)
MARINE. — A toi, moine?
MNISZEK, riant. — Au fait, c'est le prix du tournoi.
MARINE. — Tiens! (Elle lui jette la rose.) Est-ce qu'il faudra que je danse un menuet avec lui?
MALUSKi. — Moine, donne-moi cette fleur. Voici vingt ducats encore.
YOURii. — Excusez-moi, noble pane. Je suis au service du prince Adam, et je n'ai plus besoin d'argent. (A un palefrenier.) Tiens, ami, porte ces vingt ducats au pauvre veneur estropié.
MNiszEK. — Tu te dis moine et Russe, et tu refuses de l'argent !
YOURii. — Que veux- tu que j'en fasse!
LE PRINCE ADAM. — Qui cs-tu, et d'où vienstu? Tu n'es pas moine.
YOURii. — On a voulu faire de moi un moine, mais je n'avais pas la vocation, et de ce froc on peut tailler upe couverture au cheval que je viens de monter. Je suis un pauvre orphelin, fort mal traité de la fortune jusqu'à présent, heureux aujourd'hui d'être admis sous le toit hospitalier illustre d^un palatin.
LE PRINCE ADAM. — Qucl cst ton nom?
YOURii. — Dmitri Ivanof.
MALUSKI. — Croyez, belle Marine, que c'est quelque prince déguisé... Un prince tartare, s'entend... Il en a les traits.
MARINE. — Lui, prince! quelle folie!
LE PRINCE ADAM. — Qui quc tu sois, Dmitri Ivanof, reste chez moi. Si tu sais chasser aussi bien que tu montes à cheval, je ferai ta petite fortune. YOURII. — Je te baise les mains. (Aux palefreniers.)
Allons, enfants, montrez-moi l'écurie, et laissezmoi donner pleine mesure d'avoine au bon cheval qui me vaut cette aubaine.
MNISZEK. — Je parierais que c'est quelque fils
UN BON DÉBUT. Igg
de gentilhomme qui, à la suite d'une méchante affaire, court le pays déguisé.
MARINE. — Rentrons; le pane Maluski boite tout bas, et moi je gagne à cela que je ne danserai pas ce soir.
{Les débuts d'un aventwier)