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JE POURSUIS UNE FORME

Je poursuis une forme que mon style ne peut atteindre, bouton d'idée qui voudrait s'épanouir rose. Elle s'annonce par un baiser qui sur mes lèvres se pose, prélude à l'impossible étreinte de la Vénus de Milo.

Des palmes vertes ornent le blanc péristyle ; les astres m'ont prédit que je verrais enfin la Déesse; et, dans mon âme, repose la lumière, comme la lune, telle-qu'un oiseau, sur le lac tranquille.

Mais je trouve seulement, — au lieu du mot qui me fuit, — l'harmonieuse initiation qui, de la flûte, ruisselle, et la barque du rêve qui vogue en plein ciel.

Et, sous la fenêtre de ma belle endormie, le murmure de la fontaine continue de sangloter ; et le cou du grand cygne blanc est toujours là qui m'interroge.

[Proses Profanes. Trad. par Gabriel Soulages.)

CHANTS DE VIE ET D'ESPÉRANCE

CHANTS DE VIE ET D'ESPERANCE

Je suis celui qu'hier encore disait

Le vers d'azur et la chanson profane.

Et dans sa nuit avait un rossignol

Qui, au matin, était une alouette de clarté.

Je fus le maître de mon jardin de rêve Plein de roses et de cygnes 'errants ; Le maître des tourterelles ; le maître De gondoles et de lyres sur les lacs ;

Et très siècle dix-huitième, et très antique. Et très moderne ; audacieux, cosmopolite ; Fort avec Hugo, avec Verlaine ambigu, Et une soif d'illusion infinie.

J'ai connu la douleur dès mon enfance ; Ma jeunesse... fut-elle une jeunesse vraiment? Ses roses me laissent encore leur parfum,- * Un parfum de mélancolie...

Soudain sans frein mon instinct s'élança.

Ma jeunesse monta un poulain sans frein.

Elle allait, ivre, un poignard à la ceinture;

Si elle ne tomba point, ce fut parce que Dieu est bon

En mon jardin on vit une belle statue ; Elle se crut marbre et elle était chair vivante ; En elle habitait une âme jeune^ Sentimentale, sensible, sensitive.

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RUBÉ!^ DARIO RACONTÉ PAR LUI-MÊME

Et timide devant le monde, de sorte Qu'enfermée dans le silence, elle ne sortait Que lorsque, au doux printemps, C'était l'heure de la mélodie...

Heure de couchant et de baiser discret ; Heure crépusculaire et de retraite ; Heure de madrigal et de ravissement, De « je t'adore », de « hélas » et de soupirs.

Et alors, c'était,^ sur le chalumeau un jeu De mystérieuses gammes cristallines, . Un renouveau de notes du Pan grec Et un égrènement de musiques latines,

Sur un air tel et avec une ardeur si vive Qu'à la statue naissaient soudain En son muscle viril des pieds de jeune bouc Et deux cornes de satyre sur son front.

Comme la Galatée gongorienne, La marquise verlainienne m'enchanta, Et j'unissais ainsi à la passion divine Une sensuelle hyperesthésie humaine;

Tout désir, tout ardeur, sensation pure Et vigueur naturelle ; sans fausseté, Et sans comédie, et sans littérature...

S'il est une âme sincère, c'est la mienne.

La tour d'ivoire tenta ma convoitise, Je voulus m'enfermer en moi-même Et j'eus faim d'espace et soif de ciel Du tond des ombres de mon propre abîme.

CHANTS DE VIE ET D'ESPÉRANCE

Avec Téponge que le sel sature

Dans le jus de la mer, mon cœur doux et tendre

Fut abreuvé d'amertune

Par le monde, la chair et l'enfer.

Mais, grâce à Dieu, en ma conscience

Le bien sut choisir la meilleure part.

Et s'il y eut un fiel âpre en mon existence,

Toute âcreté fut adoucie par l'Art. '

Je délivrerai mon intelligence des pensées basses.

L'eau castalide baigna mon âme,

Mon cœur s'en fut en pèlerinage et

De la forêt sacrée rapporta l'harmonie.

O la forêt sacrée î O la profonde Emanation du cœur divin De la forêt sacrée ! O la féconde Fontaine dont la vertu vainc le destin !

Bois idéal qui complique la réalité, Là le cœur brûle et vit, et Psyché vole, Pendant qu'en bas le satyre fornique, Ivre d'azur Philomèle répand sa chanson,

Perle de rêve et musique amoureuse, Dans la coupole en fleur du laurier vert, Hîpsipile subtile boit dans la rose, Et la bouche du faune mordille un sein.

Là le dieu passionné poursuit la femme, Et le roseau de Pan s'élève de la boue ; La vie éternelle répand ses semences, Et jaillit l'harmonie du grand Tout.

RUBÉN DARIO RACONTÉ PAR LUI-MEME

L'âme qui entre là doit aller une,

Tremblante de désir et de sainte fièvre,

Sur le chardon qui blesse et sur Tépine aigiie :

C'est ansi qu'elle rêve, qu'elle vibre et qu'elle chante.

Vie, lumière et vérité : triple flamme -- Qui produit l'intérieure flamme infinie ; L'Art, pur comme le Christ, s'exclame : Ego sum lux et veritas et vita !

Et la vie est mystère, la lumière aveugle Et la vérité inaccessible effraie ; La perfection sévère ne se livre jamais Et l'idéal secret dort dans l'ombre.

Voilà pourquoi être sincère c'est être puissant. C'est parce qu'elle est nue que l'étoile brille ; L'eau dit l'âme de la source Dans la voix de cristal qui coule d'elle.

Telle fut ma tentative : faire de mon âme pure Une étoile, une source sonore, Avec l'horreur de la littérature.

Et fou de crépuscule et d'aurore.

Du crépuscule bleu qui donne la règle, Qui inspire les célestes extases.

Brume et ton mineur, — toute la flûte ! Et l'Aurore, fille du ciel — toute la lyre !

Passa une pierre lancée par une fronde ; Passa une flèche aiguisée par un méchant. La pierre de la fronde tomba dans Teau Et la flèche de la haine s'en fut avec le vent.

CHANSON D: AUTOMNE AU miNTEMFS.

La vertu est d'être tranquile et fort ;

Avec le feu intérieur tout s'embrase ;

On triomphe de la rancune et de la mort.

Et en marche pour Bethléem... la caravane passe !

[Cliajits de vie et cV espérance. Trad. par Marius André. )

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