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DE L'AUTOMNE

Je sais qu'il en est qui disent : Pourquoi ne plus chanter

Avec cette folie si harmonieuse d'antan?

C'est qu'ils ne voient pas la profonde œuvre de l'heure

Le travail de la minute et le prodige de Tan.

Moi, pauvre arbre, j'ai produit au souffle de la brise.

Quand je commençai à croître un vague et doux son.

Déjà le temps n'est plus du sourire juvénil...

Laissez l'ouragan sombre agiter mon cœur las !

{Chants de vie et d'espérance. Trad. par M""® B.-M. Moreno.> ^ 26 «

TOI QUI RESTES

TOI QUI RESTES

Toi qui restes, la menton dans la main. Méditatif, As-tu laissé passer, frère,

La fleur du monde?

Tu te lamentes sur les hiers Avec des plaintes vaines ; Il est encore des promesses des plaisirs

Pour les demains.

Tu peux marier encore l'odorante Rose et le lys ; Et il y a des myrtes pour ton orgueilleuse

Tête grise.

L'âme lasse et cruelle immole Ce qui la réjouit, Gomme Zingua, reine d'Angola,

Négresse lubrique.

Tu as joui de l'heure aimable.

Et tu entends ensuite L'imprécation du formidable Ecclésiaste.

Le dimanche d'amour t'exalte ; Mais vois comme Arrive le mercredi des cendres :

Mémento homo.

C'est pourquoi vers le mont fleuri

S'en vont les âmes, Et s'expliquent Anacréon Et Omar Khayam.

RUBÉN DARIO RACONTÉ PAR LUI-MEME

Fuyant le mal, à Fimproviste

On entre dans le mal Par la porte dû paradis

Artificiel.

Et pourtant, la vie est belle

Puisqu'elle a La perle, la rose, Tétoile Et la femme.

Lucifer brille. La mer rauque

Chante. Et Sylvain Se perd, caché derrière le tronc Du hêtre vert.

Et nous sentions la vie pure,

Claire, réelle, Quand l'enveloppe la douceur

Printannière.

Pourquoi les viles envies Et les injures Quand de pâles furies Retordent leurs reptiles, Pourquoi les haines funestes

Des ingrats, Pourquoi les gestes livides Des Pilâtes, Si le terrestre perfectionne, en somme.

Le ciel et l'enfer Et si nos vies sont Técume D'une mer éternelle?

Nettoyons bien nos vêtements De l'amère prose ; Rêvons d'une céleste Et mystique rose.

Cueillons la fleur de l'instant ;

TOI QUI HE S TES

Que la mélodie De la magique alouette chante Le miel du jour !

Amour à ses fêtes nous convie

Et nous couronne.

Nous avons tous dans la vie Notre Vérone. Même à l'heure crépusculaire Une voix chante :

« Ruth, souriante, vient glaner

Pour Booz î »

Mais cueillez la fleur de l'instant,

Lorsqu'au Levant Naît l'aurore pour l'odorant Adolescent.

Oh ! Enfant qui joues avec Eros,

Enfants robustes, Dansez comme les nymphes grecques Et les sylvains.

Le vieux temps ronge tout ; Il court, rapide.

Sachez le vaincre, Cynthie, Ghloé Et Gydalise.

Echangez les fleurs d'oranger pour des roses Car on entend le son De ce Cantique des Cantiques

De Salomon.

Priape veille dans les jardins Que Cypris foule ; Hécate fait aboyer les matins; Mais Diane est belle.

Et enveloppée des légers voiles De rillusion,

RUBÉN DARIO RACONTÉ PAR LUI-MÊME

Elle descend des cieux vers les bois

Pour Endymion.

Adolescence ! Amour t'adore Avec sa vertu ; Jouis du baiser de l'aurore, O jeunesse !

Malheureux celui qui a cueilli La fleur trop tard ! Et celui qui n'a jamais su Ce qu'est l'amour!

J'ai vu sur une terre tropicale Le sang de la femme, Gomme en un calice de cristal,

Brûler.

Et en tous lieux celle qui aime

Et se consume Est comme une fleur- faite de flamme

Et de parfum.

Embrassez-vous dans cette flamme Et respirez Ce parfum qui embaume

L'humanité.

Jouissez de la chair, ce bien Qui nous fascine aujourd'hui Et qui finira par tomber en

Poussière et cendre.

Jouissez du soleil, de la païenne Clarté de ses feux ; Jouissez du soleil, car demain Vous serez aveugles.

Jouissez de la douce harmonie Qui invoque Apollon; Jouissez du chant, car un jour

TOI QUI RESTES

Vous n'aurez plus de bouche.

Jouissez de la terre qui Contient un bien certain; Jouissez tant que vous n'êtes pas encore

Sous la terre.

Ecartez la crainte qui vous gèle

Et vous diminue ; La colombe de Vénus vole

Au-dessus du Sphinx.

Et même la- mort, le temps et le destin sont vaincus

Par les amoureuses ; On a rencontré dans les tombes Des myrtes et des roses.

Anadyomène dans ses luttes Nous vient encore en aide, Et dans Tœuvre de Phidias ressuscite

Phryné nue.

Le biblique et robuste Adam vit

De sang humain, Et notre langue sent encore le goût

De la pomme.

Et l'universelle et omnipotente Fécondation Fait de ce globe vivant Une force et une action.

Le cœur du ciel bat Pour la victoire De ce désir de vivre qui est un combat

Et une gloire.

Car malgré les obstacles et l'oppression Du sort adverse, En nous court la sève De l'univers.

RUBEN DARIO RACONTE PAR LUI-MEME

Notre crâne garde la vibration De la terre et du soleil, Comme la coquille garde Le bruit de la mer.

Le sel de la mer dans nos veines Est bouillonnant; Nous avons du sang de sirènes Et de tritons.

A nous, chênes, lauriers, Épaisses frondaisons :

Nous avons de la chair de centaures Et de satyresses.

En nous la Vie verse Force et chaleur.

Nous allons.au royaume de la Mort Par le chemin de l'Amour!

û {Le poème de Vautomne. Trad. par Marius André.)

Dario.

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