MELANCOLIE
Frère, toi qui as un flambeau, dis-moi où est le mien ! Je suis comme un aveugle. Je marche au hasard et à tâtons. Je vais, dans la tourmente et les tempêtes, ébloui par mon rêve et fou d'harmonie.
Tel est mon mal : rêver î La poésie est le cilice, hérissé de mille pointes cruelles, que je porte autour de Tâme. De ses épines ensanglantées tombent les gouttes de ma mélancolie.
Et, de la sorte, à travers ce monde d'amertume^ je chemine, aveugle et fou. Parfois, il me semble qu'est bien longue hi route, et, parfois, qu'elle est très courte.
Et, la poitrine haletante comme celle des agonisants, je me charge, harassé de douleurs, d'un fardeau que je puis porter à peine... Ne les entends-tu pas tomber, les gouttes de ma mélancolie ?
[Chants de vie et d'espérance. Trad. par Gabriel Soulages.)