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BLASON

Le cygnQ de neige olympique, De son bec de rose corail, Lustre son aile eucharistique Au grand soleil, chaste éventail.

Selon la courbe d'une lyre Ou l'anse d'une amphore antique, Son candide col nous inspire L'étrave d'une nef mythique.

Le cygne est de race sacrée,

Son baiser, par des champs de soie,

Atteignit la cime rosée

Des seins de Léda, douce proie.

Roi de la source Gastalie, Le^Danube luit de son bond, Vinci le sert en Italie, Lohengrin est son prince blond.

Sa blancheur du lin est rivale, De la rose blanche en bouton, De l'adamantine toison De la tendre brebis pascale.

Rimeur d'idéal florilège.

Son manteau lyrique est d'argent, il sait le royal sortilège D*exhaler son âme en un chant.

L'ENTRETIEN DES CENTAURES

Il parcourt le lac miroitant Où Têtre en mal de songe espère, Où la gondole d'or attend L'âme sœur du roi de Bavière.

Comtesse, caressez le cygne, Il est dieu d'un pays de joie, Il est fait de parfum d'hermine, De clarté, de songe et de soie.

{Proses Prof dîtes. Trad. par G. Jean Aubry.)

L'ENTRETIEN DES CENTAURES

Dans l'île où arrête son esquif l'argonaute du Rêve immortel, où résonnent les éternels accords des éternelles lyres : — Ile d'Or où le triton choisit sa conque sonore et où la blanche sirène va voir le soleil, — un jour, on entend une foule vibrante de force et d'harmonie.

Ce sont les Centaures. Ils couvrent la plaine. La montagne aussi les perçoit. De loin, c'est comme un son de torrent qui se précipite ; leur galop réveille Tair en repos et fait tressaillir la feuille du laurier rose.

Ce sont les Centaures. Les uns énormes, rudes ; d'autres allègres et bondissants comme de jeunes poulains; les uns avec ♦ de longues barbes comme en ont les pères-fleuves, d'autres imberbes, agiles, à la piaffante vigueur et aux muscles robustes, aux bras et aux reins aptes à porter les nymphes rosées, qu'ils ont ravies.

Ils vont', d'un galop rythmique. Près d'un frais bocage, en face du grand Océan, ils s'arrêtent. Le paysage reçoit de Turne

du matin une lumière sacrée qui adoucit d'un limpide regard le vaste azur. Et les êtres terrestres et les habitants de la mer entendent la voix des divins quadrupèdes chevelus.

CHIRON

Dans le silence des buccins chers aux tritons, dans le silence des sirènes aux lèvres écarlates, tandis que les joues d'Eole sont dégonflées, disons, près de l'illustre laurier aux rameaux fleuris, la gloire immarcessible des Muses belles et le triomphe du terrible mystère des choses. Voici que renaissent les lauriers millénaires ; les vieux lampadaires recommencent à répandre leur clarté ; et dans mon corps de Centaure immortel s'anime le sang du céleste cheval qui fut mon père.

RHOETUS

Archer lumineux, tu arrives du zodiaque ; tu as encore, prises dans les cheveux^ des abeilles grecques ; tu montres encore la rouge blessure du dard héracléen, blessure par où ne put sortir l'essence de ta vie. Père et Maître sublime ! Tu es la source salutaire de la vérité que cherche la triste race des hommes ; Esculape lui-même suit le filon de ta science ; le rapide Achille se nourrit toujours du sauvage aliment que tu lui offris jadis, et Héraclès, ne songeant pliis à sa massue, dans l'harmonie des astres, s'élève dans le ciel nocturne.

CHIRON

La science est fleur du temps : mon père fut Saturne.

ABANTÈS

Des hymnes pour la sainte Nature ; pour le ventre de la terre et pour le germe qui, dans les rochers, dans les chairs des arbres et à l'intérieur d'une forme humaine, est un même

L'ENTRETIEN DES CENTAURES

secret et une même loi : puissant et subtil, universel résumé de la suprême force, de la vertu de Dieu.

CHIRON

Des hymnes ! Les choses possèdent un être vital; les choses ont de rares aspects, de mystérieux regards; toute forme est un geste, un chiffre, une énigme ; en chaque atome existe une empreinte inconnue ; chaque feuille de chaque arbre chante un chant qui lui est propre, et il y a une âme en chacune des gouttes de la mer. Le poète, le prêtre entendent ordinairement l'accent incompris ; parfois le vent vagabond énonce un mystère ; et l'écume ou la fleur révèlent une initiale ; et l'on écoute des paroles de la brume. Et l'homme favorisé du dieu, dans l'eau ou dans la rafale, trouve un mentor : démon ou nymphe.

PHOLUS

Par la grâce maternelle, l'Ixionide biforme comprend l'éclair qui fulgure dans les hauteurs, la nue qui s'avive de lumière et qui décore le chemin sur lequel Aurore conduit son char, et l'écharpe d'Iris, qui a sept rayons comme la lyre sept cordes entre ses montants ; les mois qui sur la terre embaumée se couvrent de belles frondaisons, et le Pôle couronné de cheveux blancs.

L'Ixionide passe, rapide, dans la Montagne, rompant avec sa poitrine les bras épineux de la broussaille sauvage, les prisons hostiles; ses oreilles saisissent les plus subtils échos; ses regards traversent les feuilles enchevêtrées, tandis que ses mains cueillent pour sa bouche vermeille les baies fraîches et hautes que le satyre convoite ; près de la fontaine cachée, ses yeux caressent les lignes sinueuses des nymphes de la suite de Diane : car en son corps circule aussi l'essence humaine unie au courant de la divine sève et au sang sauvage de la bête chevaline. Tel est le fils robuste d'Ixion et de la Nue.

CHIRON

Ses quatre jambes descendent; sa tête dressée monte.

ORNEUS

Je comprends le secret de la bête. Il y a des êtres méchants et des êtres bénins. Ils se font entre eux des signes [de bien et de mal, de haine ou d'amour, ou de douleur ou de joie : le corbeau est mauvais et la palombe est bonne.

CHIRON

Ni la palombe n'est bonne ni le corbeau n'est pervers : la palombe et le corbeau sont des formes de l'Enigme.

ASTYLOS

L'Enigme est le souffle qui fait chanter la lyre.

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