SALUTATION DE L'OPTIMISTE
Ou les perpétuelles prisons, condamnez le noble enthousiasme
Vous verrez le lever du soleil et un triomphe de lyres
Tandis que deux continents, semés et nourris d'os glorieux,
Evoquant l'ombre superbe de Tantique Hercule,
Diront à Torbe : la haute vertu a ressuscité
Qui fit maîtresse de siècles, la lignée espagnole,
Abominez la bouche qui prédit des malheurs éternels,
Abominez les yeux qui ne voient que de funestes zodiaques,
Abominez les mains qui détruisent les ruines illustres
Ou qui empoignent la torche ou la dague homicide.
De sourds élans se sentent dans les entrailles du monde,
L'imminence d'une heure fatale trouble la terre ;
Des colosses tombent, des aigles bicéphales se débandent,
Quelque chose comme un vaste cataclysme social s'irrite
Sur la face de l'orbe. Qui dira que les sèves endormies
Ne se réveillent pas alors dans le tronc du chêne géant
Sous lequel s'exprimèrent les mamelles de la louve romaine?
Quel sera le lâche qui nie des muscles à la force espagnole
Et qui juge l'âme d'Espagne, aptère, percluse, aveugle?
Ce n'est pas Babylone, ou Ninive, dans l'oubli et la poussière
Où parmi les momies et les pierres, reine habitant le sépulcre
La nation généreuse, couronnée d'orgueil sans tâche
Qui vers l'aube renaissante fixe ses regards anxieux
Ni celle qui a, derrière les mers où gît enseveli
L'Atlantide, son chœur de rejetons, hauts, robustes, forts.
Que s'unissent, brillent, et secondent tant de vigueurs dispersées,
Qu'elles forment toutes une gerbe d'érnergies œcuméniques.
Sang d'Hispanie féconde, solides, fertiles races
Montrez les dons passés qui furent vos triomphes d'antan.
Que reviennent l'antique enthousiasme et l'esprit ardent
Qui arrosera de langues de feu en cette épiphanie
Les têtes anciennes ceintes de lyriques lauriers.
Et les jeunes fronts que la grande Minerve décore
^ 65 $ Dario. — 5
Et qu'ainsi les mânes héroïques des premiers ancêtres
Des pères illustres qui ouvrirent le sillon primitif
Sentent sur elles, les souffles agraires des retours printaniers
Le bruit des épis initiateurs du labeur triptolémique,
Un continent et un autre, renouvelant les vieilles lignées
Unis en esprit, en désirs et en langues
Aboient venir l'heure où ils devront chanter de nouveaux hymnes
La race latine verra la grande cité future
Dans un honneur de glorieuses musiques, des millions de lèvres
Salueront la lumière splendide qui viendra d'Orient
L'Orient auguste où tout se change et se renouvelle
Par TEternité et Dieu, et l'infinie activité.
Ainsi soit l'Espérance, notre vision permanente
Célèbres races fertiles, sang de l'Hispanie féconde !
{Chants de vie et d'espérance. Trad, par M^^^*^ B.-M. Moreno.)