HYMNE A L'ARGENTINE
Posséder d'autres yeux et non ces yeux vifs qui, pareils à ceux des satyres fols et mi-boucs, trouvent une volupté si douce aux contours neigeux et aux lèvres pourprées.
Avoir une autre bouche où s'impriment les charbons ardents de Tascète, et non cette bouche où vins et baisers augmentent les gloutonneries de l'homme et du poète.
Avoir des mains de flagellateur qui puissent ensanglanter mes flancs, et non ces mains lubriques de Tamant qui caressent les fruits du péché.
Posséder un sang qui laisse en paix ma tête et remplisse mes veines de quiétude, et non ce sang qui me brûle les veines et fait vibrer mes nerfs et craquer mes os.
Ne plus être en proie à la malignité et à l'erreur, ah ! sentir une main qui vous pousse vers la grotte accueillante à l'ermite, ou bien vers la Chartreuse paisible et silencieuse.
[Hymne à V Argentine et autres poèmes.
Trad. par Alfred de Bengoechea).