ODE A LA FRANCE
PDE A LA FRANCE^
Un vent plein de sanglots, sur la mer impassible, Vient jusqu'ici. La France écoute, grave. Or, Ce sont les voix éplorées, la douleur terrible, Des Hécubes en pleurs, des Amériques d'or.
Là-bas, dans l'épouvante et l'injure et la haine. Les chasseurs de la mort ont sonné l'hallali, Et, de nouveau soufflant sa venimeuse haleine, On croirait voir la bouche d'Huitzilopoxtli.
Il semblerait que tous les démons du passé Viennent de s'éveiller, empoisonnant la terre. Si contre nous l'étendard sanglant s'est levé, C'est l'étendard hideux de ce tyran : la Guerre !
Marseillaises de bronze et d'or qui vont dans l'air Sont pour nos cœurs ardents le chant de l'espérance. En entendant du coq gaulois le clairon clai;;. On clame : « Liberté ! » et nous traduisons : « France ! «
Car la France sera toujours notre espérance, La France à l'Amérique donnera sa main, La France est la patrie de nos rêves, la France Est le foyer béni de tout le genre humain.
Crions « Paix ! » sous les feux des combattants en marche. La Paix que prêche l'aube et chante l'angélus,
I. Ecrite en français par Rubén Dario pour être lue au cinquième anniversaire du Comité France-Amérique, le 25 juin 191. |.
La Paix, que promulga îa colombe de Tarche, Et fut la voix de l'ange et la croix de Jésus.
Crions « Fraternité ! » Que l'oiseau symbolique Soit nonce de fraternité dans le ciel pur, Que l'aigle plane sur notre immense Amérique, Et que le condor soit son frère dans l'azur.
Et toi, Paris, magicienne de la Race, Reine latine, éclairez notre jour obscur. Donnez-nous le secret, que votre pas nous trace, Et la force du fluctuât nec mergitur !
Et quand nous sommes pris dans cette noire flamme, Qui fait de nos esprits, de Caïn les égaux, Nous levons nos regards, et nous chauffons nos âmes, Au soleil de Voltaire et de Victor Hugo !