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HYMNE A U ARGENTINE

Voici le grand Dieu méconnu qui comprend tous les dieux. 11 a son temple dans l'espace et son trésor dans la noire chair du monde. C'est ici la mer qui n'a point d'amertume, c'est ici le Sahara fécond^, ici que vient se mêler la foule de ceux qui aspirent à l'infini, et que se dresse la tour de Babel où tous se comprennent sans eftort.

O toi, homme des steppes, somnambule de la souffrance, qui naquis ilote et affamé, et qui as fui au feu de la haine, ô homme qui t'endormais sous un couvercle de plomb, homme des neiges du tzar, regarde le ciel bleu, chante, pense. O moujick racheté, écoute comme dans ta hutte, dans la pampa immense, murmure, joyeux, le samovar.

Chantez, Juifs de la pampa ! Jeunes gens à la rude carrure, douces Rebeccas aux yeux francs, Rubens à la longue chevelure, patriarches aux cheveux blancs et touffus comme d'hippiques crinières; vieilles Sarahs, Benjamins adolescents, chantez, chantez avec la voix du cœur : nous avons découvert Sion !

Hommes d'Emilie et de la campagne romaine. Ligures, fils de la terre du miracle parthénopéen, vous tous, enfants de cette Italie sacrée pour tous les hommes, familles qui descendez de ceux qui virent errer les dieux olympiques de jadis, vous qui aimez les danses joyeuses et les fleurs pourprées et la vertu divine du sang du vin ; vous avez trouvé un nouvel enchantement, vous avez trouvé dVûtres étoiles, vous avez découvert des prairies où l'on sème, moissonne et laboure, où Ton chante à la fête du grain, et où il existe un haut soleil souverain comme le soleil d'Italie et d'Ionie, pour transmuer le terroir en or : l'ennemi de la mort verse ses urnes de vie au sein de la colonie.

Hommes de l'Espagne multiforme, fins Andalous sonores,

■ épris de danses et de taureaux, Asturiens qui, sur vos rochers apprîtes à chérir la liberté auguste, souples Basques qui semblez faits d'antiques racines, race héroïque, race robuste, aux rudes bras, aux cols fiers; enfants de la noble Castille, riche de hauts faits ancestraux ; solides Galiciens de chêne ; Catalans et Levantins, vous les dépositaires de la flamme immortelle des foyers latins; Ibères de la péninsule qui avez vu sur le sol natal la trace du pas d'Hercule : voici la campagne odorante où créer une autre Espagne dans l'Argentine universelle.

Helvètes ! La nation nouvelle aime le chant de l'homme libre. Donnez au fils de la pampa qU'emporte le tonnerre, vos hymnes de liberté! Le sokil de mai vous éclaire. Comme dans votre pays natal vous verrez la blancheur qui se dresse, là-bas, où sur la terre australe une Suisse argentine brandit ses hauts glaciers de cristal.

Accourez, fils de la France stellaire ; vous trouverez dans ces campagnes, avec les triomphes que nous offre la ferme, les guirlandes de vos vignobles. Les fils du Coq gaulois, comme ceux de la Louve d'Italie, plaisent au condor magnifique, qui, ivre d'azur céleste, étend ses ailes vers le Sud, de TAtlantique au Pacifique.

Rejetons des Goths et des Huns, citoyens de l'univers, cavaliers cosmopolites qui fûtes d'abord des conquérants ; aventuriers et pirates, rois de la mer et du vent, argonautes du possible, destructeurs de l'impossible, pionniers de la Volonté : voici la terre de l'harmonie, le champ ouvert à l'énergie de tous les hommes. Accourez!

{Hymne à l'Argentine et autres poèmes.

Trad. par Alfred de Bengoechea.)

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